Vendée Globe
Au cœur de la course

Armel, vainqueur du Vendée Globe 2016, raconte son tour du monde

Dans une salle comble, après avoir pris son premier repas de terrien depuis 74 jours (entrecôte frites et omelette norvégienne !), Armel Le Cléac'h a répondu aux questions de l'organisation et des journalistes. Des réponses sans détours, de l'émotion, une immense joie d'avoir gagné ce Vendée Globe qui a occupé dix ans de sa vie, Armel, fatigué mais heureux, a « conté » son histoire autour du monde…


@Jean Marie Liot / DPPI

Alex Thomson n'a rien lâché, est-ce qu'il t'a forcé à te pousser dans tes retranchements ?
« C'est sûr qu'Alex m'a poussé jusqu'au bout, jusqu'à quelques heures avant l'arrivée. La descente de l'Atlantique a été très rapide, il a su faire la différence. Il a fallu s'accrocher à ce train d'enfer qu'il menait. Les mers du Sud, je m'en suis bien sorti avec l'expérience, la performance du bateau que je maîtrisais bien. Je suis sorti avec deux jours d'avance au cap Horn, je pensais avoir marqué un petit avantage. Malheureusement, la météo de l'Atlantique Sud et Nord n'a pas été facile pour moi. Tout ça a favorisé Alex qui est revenu de plus en plus près à chaque fois, il fallait être costaud mentalement. C'est pour ça que je me suis lâché un peu tout à l'heure, parce que c'était la pression depuis le cap Horn... Avec Alex, c'était différent de ce que j'ai vécu avec François il y a quatre ans. »

Tu as embrassé ton bateau après la ligne d'arrivée, il est désormais vendu à Louis Burton, même si tu as d'autres projets, as-tu un petit pincement au cœur ?
« C'est une superbe histoire Banque Populaire VIII, je me rappelle encore de cette déception de finir pas loin de la victoire. Mais mon partenaire m'a dit « on aimerait y retourner » et ils m'ont demandé si j'étais partant. Quelques semaines après, j'ai dit oui. Il y avait le projet de construire un nouveau bateau, avec mon équipe, ma « dream team » comme je dis. C'est un bateau très polyvalent, notamment dans les phases de transition, et je savais que c'était des moments-clés. Je voulais un bateau complet à toutes les allures, et donc c'est un bateau qui me ressemble dans la façon d'aborder un Vendée Globe. Oui à l'arrivée le bateau a fière allure. Je dis on, parce que c'est moi, le bateau et l'équipe. Il y a beaucoup de moments forts vécus ensemble, et la victoire c'est la cerise sur le gâteau. J'avais à cœur de finir cette histoire de la plus belle des manières, de le remercier, il n'a pas craqué le bateau, moi oui... Il est complet, performant. Il m'a fait plaisir sur l'eau, je suis très content. »

Comment te sens-tu physiquement ?
« Lors de mon premier Vendée Globe, j'étais arrivé épuisé, j'avais perdu 10 kg car j'avais mal géré la nourriture. Il y a quatre ans, j'étais en forme physiquement, mais déçu. Aujourd'hui, ça fait cinq-six jours que je suis en mode Figaro, j'ai peu dormi. Mentalement, je suis allé très loin dans mes ressources, je me suis fait violence car je me suis dit : "tu ne peux pas perdre cette course". Je me suis battu jusqu'au bout, j'ai peaufiné le moindre réglage, je ne voulais pas avoir le moindre regret ensuite. »

Quels problèmes techniques as-tu rencontré ?
« Il y a des problèmes, on en a tous eu, ça fait partie du Vendée Globe. Je m'en souviens très bien, j'avais un rendez-vous téléphonique, les conditions étaient parfaites, j'allais me mettre à la table à carte et j'entends un grand bruit. Et là je vois ma voile J1 par terre. Le hook qui tient la voile était cassé en tête de mat. Effectivement cette voile-là, je n'ai pas pu l'utiliser du 13 décembre à la fin. C'était une voile qui fonctionne bien au près, donc c'était un petit peu compliqué. Deux jours après, l'équipe m'envoie un message pour me dire qu'il y avait un risque pour que les autres hooks lâchent également. J'ai vécu avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au final ça a tenu, merci, je touche du bois. Ça a été le point le plus compliqué pour nous. Je n'ai pas eu de problème à cause d'OFNI, donc mis à part ce problème-là, le reste a été parfait. C'est sûr que s'il n'y avait pas eu ce problème-là, j'aurais été un petit peu plus vite, mais on ne va pas refaire le match. J'ai gagné ! »

Quel retour peux-tu faire des foils ?
« Les foils, c'est la réussite d'un pari lancé avec des architectes il y a trois ans. Au départ on était sceptiques, puis on y a cru. Avec Banque Populaire on a été les premiers à tenter. Au final on a prouvé que cela marchait, le podium va être fait de foilers, donc c'était le choix qu'il fallait faire. Je suis content, on est allé au bout de la démarche. Moi j'ai géré à ma façon, je n'ai pas tout le temps mis le foil parce que, soit la mer n'était pas bonne, soit ça allait trop vite. On ne le met pas à 100% du parcours. Quand il fallait mettre un petit coup d'accélérateur au bon moment je le mettais. Quand Alex a battu le record de vitesse sur 24h, j'avais mis mon foil, j'étais à fond dessus et c'est passé. Au final je n'ai pas battu les 24h mais je n'ai pas perdu trop de milles, donc ça s'est plutôt bien passé. »

Comment appréhendes-tu la suite, les médias, les sollicitations, le retour sur terre ?
« J'appréhende, je ne sais pas trop, je prends les choses comme elles viennent. J'ai la chance d'être bien entouré. Ça ne va pas être de tout repos tout de suite, je dois aller à Paris. Je ne vais pas voir Gouesnach tout de suite. Mais je suis très heureux de ce qu'il va se passer, c'est du plaisir de raconter, d'échanger. C'est un projet de dix ans, dix ans de ma vie. Trois fois le Vendée Globe et trois fois jusqu'au bout. Je profite. C'est toujours un plaisir de raconter notre aventure, notre histoire. Et peu importe notre place, il y a 4 ans, ça avait été très sympa avec François d'aller à Paris. »


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