Vendée Globe
Au cœur de la course

Interview exclusive : Jean-Luc van den Heede nous parle du Vendée Globe

10 passages du Cap Horn, 5 tours du monde en solitaire… Voilà le palmarès impressionnant de Jean-Luc van den Heede, navigateur français de 71 ans, surnommé VDH dans le milieu de la voile. Fort de sa grande expérience, VDH nous donne son avis sur la 8 e édition du Vendée Globe, lui qui a déjà participé à 2 éditions, en 1990 sur "3615 Met" et en 1993.


@Facebook Jean-Luc Vandenheede

Nautisme.com : Que penses-tu de cette nouvelle façon de naviguer, très informatisée ?
VDH : C’est la suite logique de l’amélioration de tout, c’est-à-dire que petit à petit, on découvre des nouvelles techniques et, forcément, tout le monde veut aller plus vite que le voisin ! On applique donc ces nouvelles techniques, aussi bien informatiques que mécaniques. Les coureurs mettent toutes les nouveautés au service de la vitesse.

Nautisme.com : Que penses-tu des foils ?
VDH : C’est encore un élément supplémentaire de l’augmentation de la vitesse et cela continuera. C’est le propre de l’homme de chercher à toujours faire plus, faire mieux, aller plus vite. Personnellement, je regarde cela d’un œil amusé car cela va être intéressant de voir quelles solutions techniques, des foils ou du reste, aura raison. Tous les nouveaux bateaux ont des foils, ainsi qu'un ancien. A suivre donc.

Nautisme.com : Tour du monde « sans assistance » : est-ce encore le cas ?
VDH : Cela n’a jamais été vraiment le cas, à partir du moment où il est possible d’appeler quelqu’un pour avoir des conseils pour démarrer son moteur ou pour réparer telle ou telle chose. C’est un tour du monde sans assistance physique mais avec une assistance morale, et technique.

Nautisme.com : L’évolution entre le Vendée Globe du « 3615 Met » et aujourd’hui ?
VDH : A l’époque, on défrichait, on allait vers l’inconnu. Aujourd’hui, les concurrents ne vont plus dans l’inconnu, ils savent à peu près ce qui les attend. Il y en a même qui prennent un 4ème départ. On sait très bien maintenant, notamment lorsqu’on a déjà participé, ce que l’on vit dans le Sud. Donc rien à voir avec le premier Vendée Globe...
Au premier, nous étions 13 concurrents, et sur les 13, 12 étaient susceptibles de gagner. Sur cette édition, il y a 29 concurrents, mais il y en a 9 qui sont réellement capables de gagner. Il y en a 20 autres qui ne peuvent pas. Au premier Vendée Globe, on est arrivé à 5 bateaux en 5 jours, cela ne s’est jamais reproduit. Nous allions beaucoup moins vite mais les vitesses des bateaux étaient proches les unes des autres. Aujourd’hui, les vitesses sont très différentes. Lors de la précédente édition, les coureurs sont arrivés quasiment dans l’ordre de fabrication des bateaux.
Alors forcément, si on met le meilleur skipper d’aujourd’hui sur un bateau de 1996 ou 2000, il restera derrière : l’architecture des bateaux a progressé… tout a progressé !

Nautisme.com : A ton époque pas de zone d’exclusion ou de portes… Est-ce un progrès ?
VDH : Oui c’est un progrès. Il n’est pas nécessaire d’aller jouer à la roulette russe dans le Sud. A l’époque, je ne savais pas que je tomberai dans des zones d’icebergs importantes. Je pense que c’est une sécurité d’avoir des zones d’exclusion et cela ne sert à rien de trop descendre. Cela ne change rien à la course : elle reste une course, tout le monde part en même temps, pour un même parcours. C’est normal qu’il y ait des bouées à passer, comme dans toutes les courses du monde.

Nautisme.com : Quel a été le pire moment météo pour toi lors du Vendée Globe ?
VDH : La zone des icebergs. Lorsque tu es en solitaire, tu ne peux pas aller dormir sereinement : j’ai vécu dans une angoisse permanente pendant 2-3 jours.

Nautisme.com : Quels conseils donnerais-tu aux bizuths ?
VDH : Il faut toujours rester en-deçà de la fatigue et toujours être lucide à la fin des dépressions. C’est le moment le plus dangereux, le moment où les vagues sont les plus importantes, où il faut renvoyer un peu de toile, où les gens sont fatigués car ils ont mal dormi avant… C’est justement le moment où il faut être le plus lucide ! La plupart des accidents sont toujours arrivés en fin de dépression. Le plus gros problème à ce moment là sont les vagues, pas le vent.

Nautisme.com : Quel est ton favori pour cette édition, quel vainqueur potentiel ?
VDH : Sébastien Josse, Armel Le Cléac’h, Jérémie Beyou et Vincent Riou… mais si je devais n’en donner qu’un, je mise sur Sébastien Josse.

Nautisme.com : Quel est le marin que tu affectionnes le plus ?
VDH : Ils ont tous des qualités humaines différentes, mais j’aime bien Sébastien Josse.

Nautisme.com De quoi es-tu le plus fier dans tes navigations ? Ton plus grand moment de marin ?
VDH : Sans aucun doute, l’arrivée du premier Vendée Globe. Je ne m’y attendais pas du tout, j’étais un peu déçu d’être 3ème et donc j’ai été surpris de l’accueil que j’ai pu avoir le jour de mon arrivée. Et puis un autre événement, mais c’est un sentiment plus personnel : les 24h qui ont précédé mon arrivée du tour du monde à l’envers, lorsque j’ai su que j’allais y arriver. Je m’y étais repris à 4 fois, je n’avais qu’une angoisse : devoir abandonner de nouveau. Je devais arriver !

Nautisme.com : Peux-tu nous parler de tes projets d’avenir, la Golden Globe Race notamment ?
VDH : Je trouve que c’est une idée géniale, 50 ans après, de refaire une course à l’identique. Lorsque j’avais 23 ans, cette course m’a fait beaucoup rêvé, je l’ai suivie, comme toute la France. Lorsque j’ai appris que cette course allait avoir lieu, je me suis questionné sur les conditions (pas de GPS, pas d’électronique). Mais je me suis dit que j’aimerais vivre ce qu’on vécu ces hommes, sur des bateaux à peu près similaires. Alors, bien qu’étant maintenant moins jeune, j’ai eu envie de relever le défi.
Mon sponsor est La Matmut et bien sûr, par rapport au Vendée Globe, les budgets sont plus faibles. Mais la course a séduit de nombreux skippers ! Les inscriptions ont débuté le 1er juillet 2015, et fin août, c’était complet. Il y a toujours des coureurs en liste d’attente.
En tout cas, ce sera une belle aventure !

Nautisme.com : Enfin, si tu devais faire un comparatif entre le Vendée Globe et la Golden Globe Race ?
VDH : Ils sont les lapins, nous sommes les tortues !



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