Vendée Globe
Au cœur de la course

Le Cléac'h reprend son bien

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Armel Le Cléac’h n’a pas mis longtemps pour retrouver sa place de prédilection : la première !


Crédit photo : Jean-Marie Liot (DPPI)/Vendée Globe

C’était prévisible, en bénéficiant d’un vent d’ouest-nord-ouest de l’ordre de 15 nœuds, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) pointe de nouveau en tête du  Vendée Globe samedi à 16 heures. Positionné deux degrés plus sud en latitude que ses quatre poursuivants, le skipper finistérien naviguait à 16 nœuds de moyenne en route directe dans la traversée de l’océan Indien vers la troisième marque de parcours, la porte Amsterdam. Derrière, au nord, François Gabart (Macif), Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Alex Thomson (Hugo  Boss) éprouvaient les pires difficultés pour s’extirper des griffes d’une bulle anticyclonique en progressant entre 4 et 9 nœuds. 


 

Plonger dans le sud



Seule solution, plonger dans l’Indien pour aller chercher du vent frais. En attendant, Le Cléac’h va probablement prendre ses distances. Gabart résumait parfaitement l’ambiance actuelle : « On essaie d’attraper des vents plus forts dans le sud car ce qu’on a actuellement ne correspond pas à ce qu’on attendait. On en a un peu mais il est très changeant, c’est trop instable. Je croise les doigts pour la suite ! ». On fera les comptes dimanche...



 

Le Cam est ravi



Derrière, la situation météo est plus favorable pour le trio composé de Mike Golding (Gamesa), Jean Le Cam (SynerCiel) et Dominique Wavre. Le marin britannique est désormais à moins de 400 milles du tableau arrière de Banque Populaire. Un schéma qui rend Le Cam guilleret à l’approche de la porte de Crozet : « 100 milles de gagnés en une nuit, je suis content ! En plus j’ai dormi comme jamais – je sais je dis ça à chaque fois – mais là j’ai dormi 3 heures d’affilée. Je suis en pleine forme. Je suis un peu décalé dans le nord de notre petit groupe afin de toucher le vent en premier. Le vent devrait monter tranquillement au fur et à mesure que l’anticyclone se décale vers le nord et nous laisser la voie libre pour la porte ».

 



Des écarts stables



A l’arrière de la flotte, les écarts sont figés. Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered), Arnaud Boissières (Akéna Vérandas), Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets), Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur), et Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) qui ferme la marche, naviguent tous à distance respectable, les uns des autres. 


 

LES VOIX DU LARGE



Mike Golding (Gamesa) : « Je me sens plutôt bien après ces quelques jours relativement faciles. J’ai pu me reposer et prendre le temps de ranger un peu le bateau avant de me préparer à la prochaine étape du voyage après cette porte, que nous devrions atteindre d’ici une vingtaine d’heures. Ce qui se passe, c’est qu’on est à l’arrière d’une zone de haute pression. Il y a un front qui se développe et nous, nous avançons à peu près à la même vitesse. On devrait donc l’avoir avec nous jusqu’à la porte et même après. Chaque course est différente, avec des caractéristiques et une philosophie qui lui sont propres. Les conditions météorologiques et la compétition peuvent aussi faire changer beaucoup les choses. En ce qui me concerne, je me sens bien, surtout après ces derniers jours. Je me sens reposé et tout va bien sur le bateau. Les voiles sont en ordre et en bon état, tout fonctionne et bien évidemment, ça, c’est très important. Habituellement, à ce moment-ci de la course, il peut y avoir des problèmes techniques sérieux qui pointent le bout de leur nez mais là, moi, je n’ai rien de sérieux à signaler. Je me suis touché la tête histoire de toucher du bois, mais je n’ai pas de problème majeur et j’espère que ça va durer ! ».


Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) : « Je me sens mieux aujourd’hui, on a enfin un peu de vent mais pour aller le chercher, il a fallu aller plus au sud que prévu. C’est très agréable de glisser à 15 ou 16 nœuds. Quand on sera tous alignés pour passer la prochaine porte, les positions seront plus claires, on pourra voir où en est chacun. Ce sera très positif. Bien sûr, j’ai fait des simulations du routage des autres concurrents, ça fait partie du jeu. Mais le vent change tellement souvent que c’est dur d’en tirer des enseignements avant 5 ou 6 heures. Il fait un temps magnifique, avec un ciel très bleu. Et bien évidemment, on ne va pas aussi vite qu’un multicoque ! Les portes des glaces sont un élément supplémentaire à prendre en compte dans le jeu. Mais on ne peut pas prendre la sécurité à la légère, surtout en solitaire. Mais au niveau de la stratégie, ce n’est pas toujours simple de les intégrer, il faut savoir anticiper et imaginer ce qui va se passer plusieurs jours plus tard. Je suis passé dans la partie ouest de la porte alors que les autres ont choisi de la passer plus à l’est ».


Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) : « Cet anticyclone est pénible, j’avais des vents de dix nœuds et maintenant c’est encore moins que ça, c’est difficile. Il y a quatre ans, nous n’avions pas passé autant de temps aussi proches les uns des autres, il y avait de gros écarts entre les bateaux dans l’océan Indien. Cette année, après une semaine dans l’Indien, il y a toujours des groupes soudés. On se croirait dans l’Atlantique. J’aime le grand sud, j’aime les vents soutenus et je me sens à l’aise dans cette zone. C’est là qu’on peut tirer un maximum de son bateau. Et puis c’est un territoire sauvage, je m’y sens bien. Et malgré tout, au bout d’un mois, on est bien contents de le quitter et de mettre à nouveau le cap au nord ! Ma situation actuelle est assez frustrante, justement parce que ces fameux vents forts ne sont pas là. Il n’y a pas eu énormément de changements entre la configuration solo et double de Virbac Paprec 3. Ca se situe surtout au niveau du roof et de la protection ».



Jean Le Cam (SynerCiel) : « Ça a un peu molli ce matin donc je suis direct sorti remettre de la toile. Le vent devrait monter tranquillement au fur et à mesure que l’anticyclone se décale vers le nord et nous laisser la voie libre pour la porte. La porte d’ailleurs (porte Crozet), je devrais la passer demain midi, à 11h 18m 53s exactement ! ».



Loïck Peyron (à la vacation radio samedi) : « Pour la deuxième fois, je me suis investi dans l’America’s Cup. Il y a 17 nations représentées et vous y rencontrez plein de gens aux profils différents, qui font des choses variées et qui sont prêts à en parler et à partager. C’est une compétition où la très haute technologie a une grande importance, et il y a des budgets énormes. J’ai disputé trois éditions du Vendée Globe mais je n’en ai terminé qu’une. Bien sûr, on a toujours un œil sur les classements et les infos de la course. Je connais la plupart des concurrents, ainsi que leur parcours. J’ai trois favoris : Armel car il porte les couleurs de Banque Populaire, Jean-Pierre Dick, et Jean Le Cam qui navigue sur mon ancien bateau. Ce qui est bien avec les tentatives de record, c’est qu’on n’est pas embêté par les portes des glaces. Maintenant, Jean-Pierre Dick doit se débrouiller tout seul, je ne suis plus là pour l’aider (rires). Et il s’en sort bien. Il est grand et il tape fort ! (rires) C’est un skipper impressionnant, qui a besoin de beaucoup de place dans la cabine ! Ca fait plaisir de voir François Gabart motivé par la découverte de nouvelles aventures et prêt à les partager ».



Franck Cammas (à la vacation radio samedi) : « Je suis la course depuis le départ, c’est très serré. C’est dommage de voir Vincent Riou forcé d’abandonner, il se débrouillait bien, il était dans le bon groupe. Je sais aussi que Jean-Pierre Dick peut frapper un grand coup dans le sud, il a beaucoup d’expérience. Groupama va rester dans la voile pendant trois années supplémentaires et c’est une magnifique aventure. J’ai envie d’autre chose que de course au large donc je pense aux Jeux Olympiques et je vais disputer le Tour de France à la Voile, qui nous permettra de courir dans notre pays. François Gabart est peut-être un bizut mais il fait tout de même partie des favoris, et il est très bien placé. N’oublions pas qu’il y a plus de bizuts qui ont gagné le Vendée Globe que de récidivistes. J’ai eu la chance de participer à beaucoup de courses différentes, en particulier en équipage. Ca permet de pousser le bateau jusqu’à ses limites en termes de performance ».
 
Tanguy de Lamotte (Initiatives coeur) : « Petit empannage matinal toujours surveillé par les albatros. Je suis maintenant à 150 milles de la Porte des Aiguilles en ligne droite! Hier, il faisait tellement beau que j'ai pris une douche à l'eau chaude parce que l'eau de mer commence à être assez fraîche. J'ai séché à la barre, au soleil, en jouant à faire partir le bateau en surf dans les vagues sans une goutte d'eau sur le pont ! Les nuits sont plus courtes que dans l'Atlantique donc il faut faire une sieste dans la journée. Mais ce n'est pas facile lorsqu'on est pris par le Rubik's Cube. Bonne journée à tous ! Allez  au Salon Nautique voir les bateaux ! ».



Marc Guillemot (Safran) : « Bien sûr que je suis la course mais pas forcément d’une façon très rigoureuse dans la mesure où je fais beaucoup d’autres choses. J’étais content d’entendre Bernard, Armel et Cali ce matin (vendredi, ndlr). Je ne suis pas derrière mon ordinateur pour toutes les vacations mais je regarde le matin et le soir. Dans la journée, j’ai d’autres occupations. Le Vendée Globe c’est toujours magique et fabuleux. Ce qui est vraiment intéressant, c’est la façon dont les bateaux sont menés. On voit vraiment que les skippers 2012 sont montés d’un cran par rapport aux skippers 2008. Les bateaux sont plus rapides, peut-être un peu plus durs, et les skippers les connaissent beaucoup mieux aujourd’hui qu’il y a quatre ans. On voit qu’il y a un rythme bien soutenu. Ce qui change un petit peu, c’est le rajout ou le déplacement de portes. Ça change un petit peu la philosophie de la course, ça impose à chacun de traverser des dorsales anticycloniques, on sort des autoroutes dépressionnaires pour aller se mettre dans des zones plus calmes. C’est le jeu. Comme dans toutes les autres courses, il faut gérer ces paramètres mais ça reste le Vendée Globe avec la difficulté, la fatigue, la tenue du bateau et tout ce que ça engendre. Autrement, avec mes partenaires et mon équipe, nous sommes en train de préparer la saison 2013. On s’active pour faire naviguer Safran le plus rapidement possible et être sur l’eau dès le mois de février. Il y a la Transat Jacques Vabre à la fin de l’année, mais, avant, il y a beaucoup d’autres choses que nous sommes en train de finir de tisser avec Safran. En tout cas, Safran sera sur l’eau et en compétition très rapidement en 2013 ».



 

CLASSEMENT



Positions du 08/12 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 16 357 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 11,1 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 47,1 m; 4.Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 56,7 m: 5.Alex Thomson (Hugo Boss) à 85,1 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 399 m; 7.Jean Le Cam (SynerCiel) à 440,1 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 464,3 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 1 175,6 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 1 436,6 m; 11.Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 1 633,7 m; 12.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 1 918,7 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 2 612,8 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).



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