Vendée Globe
Au cœur de la course

L’heure est au choix, et rien n’est simple

Mots clés :

Une météo compliquée. Des options différentes pour les leaders. Cette descente de l’Atlantique Sud n’est pas de tout repos.


Photo Jean-Marie Liot (DPPI) - Vendée Globe

Au classement de mardi à 16 heures, le leader, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) qui emprunte la route la plus directe vers l’est, progressait difficilement à 5 noeuds dans des vents faibles de secteur nord. Le Britannique Alex Thomson (Hugo Boss), qui lui emboîte le pas, s’est emparé de la deuxième place et pointe désormais à 166 milles de Le Cléac’h. Troisième, François Gabart (Macif) a choisi une route sud pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène et concède pour le moment du terrain en espérant bientôt toucher les dividendes de cette option.

 

Dick attend son heure

 

« La mer n’est pas très agitée et il n’y a pas beaucoup de vent mais ça va revenir » explique Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), qui a opté pour la même stratégie. « C’est vrai qu’on attend le vent. Il y a toujours un côté un peu de conviction personnelle, ce n’est pas simple. Depuis le début au large du Brésil, je m’étais positionné pour une stratégie plutôt ouest. C’est très difficile de faire un jugement sur une option comme ça, mais on va voir ce que ça va donner, ça vaut le coup ». Il est évidemment trop tôt pour tirer des conclusions sur les stratégies adoptées par les uns et par les autres. Il faudra attendre encore un peu pour savoir qui a raison. Les adeptes du chemin le plus court ou ceux de la route la plus longue ? En sachant que la situation météorologique actuelle est difficile à appréhender et que les routages y perdent un peu de leur latin.

 

Golding décrit la situation

 

En attendant, Mike Golding (Gamesa), en septième position, décrit cette descente difficile de l’Atlantique Sud. « C'est un troisième Pot au Noir, et c'est vraiment frustrant. Le vent monte et mollit sous une pluie battante. Toute la nuit a été comme ça. J'ai eu un bon après-midi hier dans 15 nœuds de vent. Ensuite, je me suis un peu arrêté. Puis le vent est revenu, puis je me suis de nouveau arrêté. C'est dur de trouver une issue en ce moment. Il faut rester patient en attendant que les choses bougent et évoluent. Visiblement, le vent ne fait pas ce qui était prévu dans les fichiers. La réalité est beaucoup plus confuse. D'un point de vue stratégique, il est très difficile d'y voir clair. Je vois bien l’option de Jean-Pierre Dick, tandis qu'Armel privilégie le gain de milles immédiats sur une route plus courte ». À près de 800 milles du leader, le groupe des retardataires emmené par Javier Sanso (Acciona 100 % EcoPowered), toujours bien installé dans les alizés d'est qui soufflent à une quinzaine de nœuds, enchaîne les journées à 300 milles au vent de travers, dans des conditions de navigation très agréables.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « Tout va bien à bord de Banque Populaire. On avance doucement vers la porte des glaces. Il faut essayer de trouver le meilleur chemin possible. La météo n’est pas simple devant. On n’est jamais sûr de son coup. Ce sont des aléas. On essaye de se baser sur une route un peu plus nord, c’est ma stratégie actuelle. Il ne faut pas changer d’option pour s’aligner avec les autres, c’est souvent l’erreur. Ce qui me passionne, c’est la stratégie météo. Depuis deux jours on a des choix différents à faire. C’est intéressant de voir les différentes trajectoires. On verra ce que ça donnera mais je ne pense pas que le Vendée Globe va se jouer ici ».

 

Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) : « Les conditions de navigation sont plutôt clémentes. Il y a toujours un vent d’est avec un peu de mer. On est assez pressé d’avoir des navigations un peu plus perturbées. La situation est un peu compliquée que ce soit à l’est ou à l’ouest. En attendant, il faut trouver un rythme avec mon bateau, faire corps avec lui et essayer d’aller vite parce que ce sont des machines extraordinaires ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Ce fut une journée difficile hier, avec une forte activité nuageuse et un vent variable qui m’ont empêchés de bien dormir. J'ai quand même réussi à me reposer un peu hier soir, quand le vent était plus stable et je me sens de nouveau en forme. J'ai eu quelques problèmes avec la charge hydraulique et j’ai dû travailler dessus hier. J’ai également eu des soucis avec le système de gestion de batterie, mais ce n’est pas non plus très alarmant. J'ai donc passé toute la journée d'hier entre les nuages, le téléphone avec Rachel Howe, qui est en charge de l'électronique au sein de notre équipe et les réparations. Elle pense que nous avons réussi à les résoudre maintenant. Croisons les doigts. L'hydroélectricité semble fonctionner à nouveau. Je me vois déjà avoir des problèmes d'électricité tout au long du parcours ; la bonne nouvelle est que nous avons quelques pièces de rechange à bord ! Il n’y a pas de raison de s’exciter car l’important c’est la stratégie. Jean-Pierre Dick a choisi de prendre une route plus au sud et c’est lui qui recevra les nouveaux vents en premier dans les prochaines 24 heures. Je serai l'un des derniers à les recevoir et j'espère donc que je continuerai à avoir du vent aujourd'hui, et que les autres n’en auront pas ! ».

 

Vincent Riou (PRB) : « Je fais route depuis deux jours en direction du Brésil. On est au ralenti, ça permet de réfléchir, de digérer tranquillement. Il y a un moment où il va falloir passer à autre chose. Heureusement on est encore dans l’action. Je pense déjà à comment ramener le bateau du Brésil. Je ne sais pas encore si je vais faire le convoyage du bateau mais j’aimerais autant le ramener. Comme beaucoup de marins, j’ai une double casquette et il se peut que j’ai des obligations qui m’empêchent de le ramener ».

 

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : « Il y a beaucoup de rotations de vents et beaucoup de zones sans vent et ce n’est pas simple. Je suis dans une position médiane qui n’est pas simple. Je ne sais pas encore quand je vais monter dans le mât. Je me vois mal m’arrêter maintenant pour grimper. Ce sera sûrement après la dorsale parce qu’après il y aura des vents un peu plus forts et donc la possibilité de mettre des voiles un peu plus petites. Il faut rester dans le bon wagon et là, je ne suis pas très bien placé. Je ne suis pas très content de là où je suis ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « Au passage des îles de Trinidad, le vent a molli, tourné, forci à nouveau, et j'ai mouliné dans les molles, choqué en grand dans les surventes. En deuxième partie de nuit, j'ai essayé de grappiller des petites tranches de 10 minutes de sommeil, mais trop souvent, je me réveillais au bout de 5 minutes, bateau gité à fond, l'alarme pilote hurlant dans la cabine, départ au lof imminent...Dans ces moments-là, il faut se ruer sur l'écoute de GV, choquer en grand, acquitter l'alarme qui vous vrille les tympans, et dès que la rafale est passée, reborder le mètre d'écoute de GV lâché. La lune nous éclaire par moment, quand elle parvient à percer les amas de cumulus qui nous envoient toutes ces rafales. Heureusement, la direction générale du vent est à peu près constante. Cela varie de 20° en balayage temporaire, mais ça nous permet d'aligner d'assez bonnes moyennes. Au petit matin, les choses se sont régularisées, et j'ai pu gouter aux périodes de sommeil de 30 minutes, un vrai bonheur ! Au bilan du classement de la nuit, un gain correct sur mes petits camarades de devant, qui ont dû avoir quasiment la même météo, mais avec un peu moins de vent. On va fêter ça avec un bon café, des céréales et un petit coup de téléphone à terre, pour partager la joie des milles regagnés ».

 

CLASSEMENT

Positions du 27/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 19 519 milles de la ligne d’arrivée; 2.Alex Thomson (Hugo Boss) à 166,6 m; 3.François Gabart (Macif) à 174,5 milles du leader; 4.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 227,2 m; 5.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 273,6 m; 6.Jean Le Cam (SynerCiel) à 440 m; 7.Mike Golding (Gamesa) à 446,4 m; ; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 536,3 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 784,9 m; 10.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 854,4 m; 11.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 887,1 m; 12.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 1 008,9 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 1 242,3 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent Riou (PRB).
 



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