Vendée Globe
Au cœur de la course

Bertrand de Broc : « Je fais une course différente »

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INTERVIEW. De retour sur le Vendée Globe 15 ans après sa dernière participation, Bertrand de Broc aborde cette édition avec un objectif, rallier une arrivée qu'il n'a jamais atteinte.


La Chaîne Météo - Crédit photo: Vincent Curutchet/DPPI/VENDEE GLOBE

Figaro Nautisme. - Comment se passe votre Vendée Globe?

Bertrand de Broc. - Tout va bien, j'ai un grand beau temps mais ça manque tout de même de vitesse. Dans un aspect plus global, le départ a beaucoup joué dans l'évolution de la course. La première partie, jusqu'à l'Equateur, était favorable pour moi. J'étais bien dans le rythme. Mais mon petit couac au Pot-au-Noir m'a un peu déréglé et des écarts assez monstrueux se sont créés avec les premiers. Maintenant il faut naviguer différemment et gagner mille par mille. C'est une course un peu particulière pour ça le Vendée Globe, à une demi-journée de retard au départ, ça peut créer des écarts énormes. J'ai repris du poil de la bête et je ne suis pas ennuyé par ce retard, je fais une course différente. J'essaie de naviguer avec Cali (Arnaud Boissières) et l'Espagnol (Javier Sanso) parce que naviguer à 3 bateaux c'est plus intéressant.

Cela faisait 15 ans que vous n'aviez plus participé à un Vendée Globe, était-ce une pause pour s'aguerrir?

Non, pas vraiment. J'étais sur d'autres projets, pas aussi ambitieux en solitaire certes, mais en équipage, en double, où j'ai essayé aussi d'autres supports de bateaux. C'est vrai que le Vendée Globe, c'est quelque chose que j'avais envie de refaire depuis environ 3 ans. Les choses se sont concrétisées au mois de janvier dernier, tout s'est un peu précipité et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je savoure énormément.

Malgré vos deux précédents abandons, vous connaissez les Mers du Sud. Pensez-vous que cette expérience peut vous aider à refaire votre retard?

Oui, ça va aider bien sûr, que ce soit sur l'anticipation des manoeuvres, sur la gestion du bateau aussi et sur celle du bonhomme, qui reste la plus importante. Le ravitaillement, tout ce qui tourne autour des soins, ce sont des choses fondamentales pour tenir parce qu'il ne faut pas oublier qu'il reste 2 mois de course. L'expérience que j'ai su acquérir lors des autre Vendée Globe ou même sur d'autres courses m'aide à mieux appréhender ces échéances.

Que pensez-vous de votre classement actuel?

Il n'est pas génial c'est sûr, surtout vu le bateau que j'ai qui est un bateau assez performant. Mais je me suis toujours trouvé dans une situation en étant derrière et avec une météo pas extraordinaire. J'essaie d'améliorer mon rendement avec mon bateau tous les jours. Ma place est ce qu'elle est, mais mon classement actuel n'est pas non plus catastrophique. J'ai peut-être trop ménagé le bateau. Quand je suis passé par les Açores, il y avait du mauvais temps et j'ai ralenti pour le prendre en main. Mais maintenant, je sais que je peux en tirer plus que ce que je faisais jusqu'à présent.

Votre bateau a déjà fini deuxième du Vendée Globe, pensez-vous que vous arrivez à en tirer le maximum?

Non, je découvre encore mon bateau. J'ai dû faire 20-25 jours de solitaire avec, avant de partir, donc j'apprends tous les jours. Et je m'aperçois qu'il y a des allures où je ne prends pas totalement la mesure de ce bateau. J'essaie de faire au mieux pour exploiter son potentiel. Je l'ai pris en main et je ne regrette rien. Le bateau est encore là, et j'ai déjà la chance de ne pas être dans le cas où il faut rentrer au port après quelques heures de navigation.

Justement, quel est votre point de vue sur les incidents des autres concurrents?

C'est dommage parce que ceux que je connaissais le mieux, c'est-à-dire Marc (Guillemot) et Kito (de Pavant), ont dû abandonner. Je pensais qu'il y aurait moins d'abandons précoces. C'est vrai que les collisions avec des chalutiers, ce sont des choses que l'on connaît, on sait que ça peut arriver. Mais c'est vraiment dur pour les skippers, s'arrêter au bout de quelques heures alors qu'on prépare la course depuis 4 ans, c'est quelque chose de très douloureux. Malheureusement, il risque d'y en avoir encore d'autre mais il faut essayer de ramener le maximum de bateaux à bon port. Je pense que c'est l'objectif principal de tout le monde, y compris le mien. C'est un règlement, on part avec le bateau des Sables d'Olonne et on le ramène aux Sables d'Olonne.

Réussissez-vous bien à gérer les repas et le sommeil?

Tout se passe bien, j'ai été bien préparé. J'ai une douzaine de sacs, chacun me sert pour une semaine. Ça me permet de découvrir des choses un peu différentes chaque semaine et j'ai aussi des petits cadeaux que des amis m'ont faits. Même si dans la nourriture beaucoup de choses se ressemblent, c'est bien d'avoir quelques détails qui changent. Pour ce qui est du sommeil, je dors bien, j'ai bien pris mon rythme.

Contactez-vous les autres concurrents?

J'ai eu des contacts avec Arnaud Boissières, on avait déjà un peu navigué ensemble cette année donc il y a un relationnel qui s'est développé. On s'est notamment parlé juste après l'équateur, où on avait pris un peu de retard tous les deux, pour se donner chacun un petit peu de réconfort en se disant qu'on avait eu une mauvaise période, qu'on en aurait d'autres et que d'autres en auront aussi. C'est toujours agréable d'appeler un autre concurrent, de discuter de ce qui se passe en mer et d'avoir des nouvelles. En plus Arnaud c'est un gars marrant, passionnant et un vrai amoureux de la mer.

Et quels sont vos échanges avec la terre?

On s'appelle régulièrement avec une petite équipe de deux personnes que j'ai à terre. Ils suivent le bateau, ils me dépannent dans les limites du règlement. Ils m'ont notamment aidé sur des petites bricoles sur les premiers jours de course, sur des problèmes d'hydrogénérateur ou des problèmes d'ordinateur portable. Il y a eu pas mal de petits détails qui auraient pu perturber le fonctionnement mais grâce à eux tout est rentré dans l'ordre à bord du bateau.



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