Vendée Globe
Au cœur de la course

Interrogations sur les quilles

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Marc Guillemot et Jérémie Beyou, deux des skippers du Vendée Globe, ont dû quitter prématurément la course en raison de soucis de quilles. Le choix de cet appendice est une féroce bagarre entre le prix, la fiabilité et la performance.


Michel Desjoyeaux maîtrise le sujet sur le bout des doigts. « Quand on construit un bateau, on fait une chaîne d'efforts et on situe le maillon le plus faible. Ce n'est pas un fusible, on ne souhaite pas le voir casser, mais c'est l'élément qui sera le moins endommageable pour le bateau en cas de casse. Sur Maître Coq, ex-Foncia, c'était le vérin de quille », explique le double vainqueur du Vendée Globe. Il précise tout de même que ce vérin - qui permet de basculer la quille en latéral de façon à augmenter son efficacité – avait été assez solide pour faire un tour du monde victorieux. Et le Professeur en sait quelque chose puisqu'il était lui-même aux commandes du voilier pour le Vendée Globe 2008-2009.

Fiable mais compétitif

Toutefois cette théorie de la chaîne d'efforts n'est pas forcément évidente à comprendre, à en juger par les réactions à chaud sur les pontons. « Quand j'entends que le coefficient 4 en terme de sécurité n'était pas suffisant et qu'il aurait fallu un coefficient 10 pour ce vérin de quille, je dis que c'est du grand n'importe quoi, s'insurge Michel Desjoyeaux. On ne peut pas dire – « si cette pièce casse, je vais la reconstruire en plus costaud » - car alors il faudrait tout refaire plus costaud et le bateau n'avancerait plus. » De son côté, Jérémie Beyou propose la création de doubles vérins pour les quilles. Le skipper de Maître Coq souhaite aussi l'interdiction des quilles en titane pour les concurrents du Vendée Globe. « Si elles cassent, explique-t-il, c'est une catastrophe pour celui qui était aux commandes et s'il finit la course, ça aura quand même creusé un énorme gouffre financier. » Marc Guillemot, qui a dû abandonner au bout de 4 heures et 30 minutes de course en raison d'une avarie de quille, avait cet équipement, totalement inédit sur ce type de bateau. Le titane est utilisé en aéronautique (trains d'atterrissage ou carters de moteurs), il est plus léger et résistant que l'acier mais il est également très onéreux.

L'art du compromis

« Il n'y a pas de solution miracle pour choisir une quille, observe Michel Desjoyeaux, on se bagarre entre le prix, la fiabilité et la performance. » Le cabinet d’innovation du double vainqueur du Vendée Globe, Mer Forte, a travaillé pour deux bateaux du Vendée Globe: Savéol (Samantha Davies) et Macif (François Gabart). « Pour Samantha Davies nous lui avons dit que ce serait de l'acier massif et rien d'autre, se rappelle Michel Desjoyeaux. Elle n'avait pas d'argent pour une quille en carbone, celle en acier massif nous semblait donc la plus fiable. » La quille en mécano soudée est plus légère que l'acier plein et assez fine mais la soudure des différentes tôles est très délicate. « Dans le paysage industriel lambda, la soudure est deux fois moins solide que la tôle pleine, détaille Michel Desjoyeaux. Mais si un soin particulier est apporté à la soudure, on peut monter jusqu'à une soudure solide à 75/80%. » Ainsi pour Macif, la quille en mécano soudée a été réalisée par une société spécialisée de Quimperlé, avec un soudeur et un expert en soudure. Cette pièce demande ensuite un entretien très soigneux car la soudure cuit le métal et le rend plus oxydable. « En mer, les quilles évoluent dans un milieu salin et riche en oxygène car proche de la surface, relève le double vainqueur du Vendée Globe. Cela abîme les cordons de soudure et en plus l'acier a tendance à rouiller. » Ces quilles sont protégées par de la peinture, du sablage...

Cette semaine : les mers du sud

Michel Desjoyeaux sourit quand il entend que les mers du sud seraient encore plus dangereuses pour les quilles. « Ce n'est pas forcément le parcours le plus sollicitant pour ces pièces du bateau, précise-t-il. J'aurais plutôt tendance à me méfier du plateau continental qu'on retrouve au golfe de Gascogne ou aux îles Kerguelen: les vagues y sont plus courtes et creuses, plus cassantes. » Il assure que tout dépend de la façon dont le skipper se sert de son voilier. « Pour ménager sa quille, il faut savoir aller vite, explique le Professeur. C'est comme un coureur de rallye, il doit parfois accélérer pour passer directement derrière la bosse plutôt que de se heurter à celle-ci à plus petite vitesse ». Armel Le Cleac’h, le leader, avance à un peu plus de 12 nœuds en direction de la porte d’entrée vers les mers du sud.

 

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