Vendée Globe
Au cœur de la course

Dick tente une audacieuse option ouest

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Le contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène est maintenant à l’ordre du jour de toute la flotte. Les uns incurvent leur route plus à l’est alors que Jean-Pierre Dick opte seul pour une option ouest.


Photo : Jean-Marie Liot (DDPI) - Vendée Globe

Petit à petit, chacun essaye de mettre un peu d’est dans sa trajectoire avec plus ou moins de détermination. Les tenants d’une route au plus court espèrent bien que l’anticyclone ne freinera pas leur progression, quand les partisans d’une trajectoire plus sud espèrent recueillir les dividendes de leur investissement.
Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), toujours en tête, doit reconnaître aussi que sa situation est plus fragile qu’elle n’y paraît. Positionné au plus près du prochain way-point, le navigateur saint-politain sait que si la distance théorique à la porte des glaces le pointe à la première place, la situation est plus complexe. François Gabart (MACIF), sous son vent, et surtout Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), ont les moyens pour chambouler la hiérarchie. D’autant que tous vont devoir traverser une dorsale anticyclonique qui pourrait modifier la donne. Jean-Pierre Dick, au classement de lundi à 16 heures, a choisi de contourner cette zone par l’ouest. Il faut savoir investir parfois, pour faire fructifier son capital par la suite.

 

Le Cam accélère

 

Derrière ce trio, Alex Thomson (Hugo Boss) continue de tenir la dragée haute à Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat). Ces deux-là ont aussi l’avantage de voir venir et d’apprécier comment ceux qui les précèdent arrivent à se dépêtrer des calmes de la dorsale. Plus à l’arrière encore, Jean Le Cam (SynerCiel), crédité de la meilleure vitesse depuis 24 heures, a choisi de faire la cuiller à son groupe. Cette figure de style consiste à choisir une route un peu plus éloignée du vent et de privilégier la vitesse sur le cap en espérant recueillir les fruits de cette option, lors de la rotation des vents. On ne gagne pas impunément trois Solitaires du Figaro sans avoir dans sa besace quelques bons vieux tours de régatier. A l’heure où les fichiers météorologiques deviennent de plus en plus précis, les coups stratégiques se comptent de plus en plus en décalages de quelques milles. Personne n’oserait aujourd’hui se risquer à traverser l’anticyclone de Sainte-Hélène sous peine de finir au cimetière des éléphants.

 

Gare aux bourguignons

 

Les bourguignons, ou growlers, ce sont ces plaques de glaces dérivantes qui se détachent des icebergs. Plus que les mastodontes de glaces, ce sont eux qui sont le principal danger pour les navigateurs. Indétectables au radar le plus souvent, ils émergent à peine de la surface de l’eau, et pour peu que la mer soit agitée, se confondent facilement avec la crête des vagues. C’est pour éviter aux navigateurs de jouer à la roulette russe que l’organisation a mis en place, depuis quelques années, des passages obligés dits « portes des glaces » qui limitent les tentations des navigateurs de descendre jouer trop au sud. Ces portes font l’objet d’une surveillance étroite et sont susceptibles d’être modifiées en fonction des mouvements de glace observés. C’est ainsi que la porte Atlantique Sud a été déplacée de 1 degré vers le nord et de 7 degrés vers l’est pour éviter des concentrations de glaces trop importantes. La compétition est déjà suffisamment âpre pour ne pas en rajouter.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : « Là j’ai retrouvé un peu de vitesse. Cette nuit, c’était compliqué, les grains pompaient le vent. Il y a eu une grande période sans vent mais là ça s’est dégagé un peu et j’ai retrouvé un peu de vent. Je n’ai pas pu me reposer beaucoup cette nuit parce qu’il y avait beaucoup de réglages à faire. Là ça va mieux, je vais profiter de la relative stabilité du moment. J’ai un pouf que je mets un peu où je veux. Dès que je peux dormir je me mets sur le pouf et je sais que je vais pouvoir me reposer correctement. J’ai réussi à remettre à peu près tout en place à part récupérer ma drisse et le hook. Je ne sais pas quand je ferai ça mais là c’est le moment d’avancer. Le bon moment pour le faire, c’est quand il y a des conditions pour faire du solent. Les conditions ne sont pas terribles pour faire de la vitesse ; par contre il y a un beau temps. C’est un ciel d’alizé, c’est les vacances ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « On subit un petit peu l’anticyclone de Sainte-Hélène. Devant ce n’est pas très stable au niveau du vent. Cette nuit, il y a eu des grains et des nuages avec vent et sans vent donc c’est difficile de prévoir ce qu’il peut se passer. La nuit n’a pas été très bonne, notamment par rapport à François (Gabart) qui est allé beaucoup plus vite. On essaye de trouver le bon chemin pour les prochains jours. On a des conditions assez estivales donc on en profite. Après les mers du Sud seront plus compliquées. Les écarts sont relativement faibles encore à l’échelle du Vendée Globe. Il y a une petite dépression qui est devant et qui amène plus ou moins de vent. Il faut jouer avec tout ça, ça ne va pas être simple avant d’arriver à la porte Atlantique. On essaye de trouver le chemin le plus court et qui présente le moins de risques ».

 

Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « Juste avant de vous avoir au téléphone je suis monté dans le mât parce que j’avais cassé un petit bout. Tout va bien, le bateau va vite et je suis assez content. C’est que du bonheur. Je suis super content d’être là, sur ce bateau qui va vite. Le lundi matin, ce n’est pas trop dur quand je suis en mer, ça l’est beaucoup plus quand je suis à terre. J’aime bien être en mer. Je navigue comme j’ai envie de naviguer avec mon bateau. C’est un bateau que j’adore et j’ai envie de lui donner ce qu’il mérite, ce que je n’ai pas pu faire dans le pot au noir. J’ai envie de tout donner pour lui, pour AKENA et tous les gens qui me suivent ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « Ça va bien, tout se passe bien. Je suis juste à côté d’une île (ndlr : Trinidad), c’est sympa. J’ai déjà commencé à rattraper mon retard. J’avais 50 milles de retard après mon aventure avec les gendarmes (ndlr : il parle de la pénalité qu’il a reçue la semaine dernière). J’ai bien comblé la brèche pour commencer. Chaque chose en son temps, il faut marcher marche par marche. Il faut déjà que je passe devant Mike Golding. Mais la pêche a été bonne ce week-end, je ne sais pas si vous avez remarqué. Je vais quand même un petit peu plus vite que ceux qui sont devant. Au fur et à mesure, ils vont peut-être bloquer un peu plus dans la dorsale. Il ne faut pas péter plus haut que son cul, on verra après. Là où je suis content, c’est que le bateau va vraiment très bien. Il y a Titouan Lamazou qui m’a envoyé un dessin, ça fait chaud au cœur. C’est un truc de malade. Comme quoi, un beau dessin vaut mieux qu’un long discours ».

 

Louis Burton (Bureau Vallée) : « Je suis la course et, malheureusement, les galères qui arrivent aux autres. Je pense à Vincent (Riou) qui est le dernier sur la liste. C’est le jeu mais c’est toujours un peu douloureux. Je regarde aussi devant et ça va vite, c’est sympa. J’ai passé une semaine off à la maison à construire un nouveau parc pour mon fils, récupérer des manettes en carbone pour faire un nouveau comptoir... Des choses qui n’ont rien à voir avec le bateau. On part chercher le bateau Bureau Vallée demain (ndlr : il se trouve à La Corogne, en Espagne). On est dans la phase de la course où derrière, ils vont rentrer dans des zones de vents forts. Donc c’est maintenant qu’il faut peaufiner son bateau, vérifier si tout va bien dans le gréement. C’est un peu la révision des 5 000 milles. Ces images font rêver. C’est ça la magie de cette course, on va rarement dans ces latitudes. Il y a beaucoup de sérénité dans la voix d’Armel (Le Cléac’h) et de François (Gabart), ce sont de bons marins, ils méritent tous les deux de gagner ce Vendée Globe. C’est un vrai plaisir de partager avec la terre. Quand on part, les premiers jours on n’envoie pas trop de vidéos. Ce n’est pas trop contraignant, ça fait partie du jeu. Ça nous permet de communiquer ».

 

Zbigniew Gutkowski (Energa) : « Je me sens un peu mieux. Abandonner a été la décision la plus dure de ma vie mais je n’avais pas le choix. Il ne fallait pas que je me mette en danger et que je sois responsable. Poursuivre dans de telles conditions aurait pu me coûter la vie. Le pilote automatique est peut-être un tout petit élément sur le bateau mais il est extrêmement important. Et comme il y avait un problème de logiciel, le pilote automatique recevait de fausses informations et je ne pouvais rien y faire. La flotte a eu, et a toujours, un passage délicat vers l’hémisphère Sud. Les conditions sont très différentes pour chaque skipper et les options tactiques seront aussi très différentes. Ça va être très intéressant. (A Mike Golding) J’aimerais être à ta place. Tu t’amuses beaucoup plus là où tu es que moi dans le studio en ce moment ».

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Une journée tranquille aujourd’hui à bord de l’ACCIONA : inspection de routine de plusieurs systèmes, contrôle des températures, rangement... A certains endroits, la chaleur grimpe jusqu’à 44° et il faut s'assurer que rien ne fonde. La zone où se trouvent les batteries et tout le système de balance énergétique ne dépasse jamais les 37° dans des latitudes si chaudes, mais normalement elle n'excède pas 33°. C’est là l’autre avantage d’avoir un système éco efficient, car nous n’avons pas à charger les batteries à l’aide d’alternateurs demandant jusqu’à 350 ampères pendant 3 heures...
La course continue... C’est déplorable ce qui est arrivé à Vincent, quelle malchance !!!!! Il n’y a pas d’autre explication. Moi, je continue à faire route vers le sud, je pense que j’aurai un peu plus de chemin à parcourir en bordant l'anticyclone à l’ouest. Ceux de devant peuvent passer un peu plus à l’est, bien qu’il semble qu’ils n’auront pas beaucoup de vent. J’espère que ce sera le cas, voir si je peux récupérer quelques petits milles ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Tout va bien à bord, le bateau est allé très vite dans la première partie de la nuit et beaucoup moins ensuite, avec beaucoup de nuages et des vents changeants. On se croirait à nouveau dans le Pot au Noir ! Le groupe des leaders a dû traverser une zone de vent faible, et c’est maintenant à notre tour d’y passer, avant que la route vers le sud ne s’ouvre à nous. On y est arrivé un peu trop tôt pour avoir des conditions idéales et dans les jours qui viennent, les skippers qui sont derrière vont fondre sur nous car eux arriveront juste au bon moment. Bien sûr, ça va me faire mal au coeur de perdre tous ces milles et cette avance que j’avais réussi à prendre mais en même temps, ce sera sympa de naviguer à 7 ou 8 dans les mers du sud, et aussi rassurant en cas de pépin ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Je suis une sorte d'homme des cavernes dans ma grotte de carbone. Je n'ai pas encore pris le temps de faire autre chose que naviguer, pas une ligne de lecture pour me délasser ! Cela pourrait être au programme des trois prochains jours. Pour clôturer le tout, je vais bientôt pouvoir frotter les silex pour faire du feu car j'ai fait tomber un briquet dans l'eau. Heureusement, j'en ai d'autres en stock ».

 

Mike Golding (Gamesa) : « Je ne sais pas exactement ce que Jean Le Cam a fait, mais ce qui est clair c’est que je n’arrive pas à aller aussi vite que lui. J’ai l’impression qu’il a hissé son code zéro et qu’il cherche à partir au sud le plus vite possible, mais je ne suis pas sûr. Le problème, c’est que ça peut se retourner contre vous, parfois. J’ai navigué sous zéro hier, ça allait très vite, mais e me suis pris un vent de face quasi-immédiatement et du coup, l’angle était ingérable. Je suis maintenant sous génois, on va bien voir comment se passe la journée mais je pense que c’est un bon compromis. Le vent est plutôt stable actuellement, entre 12 et 13 noeuds. Je pense qu’on va aller plus doucement dans quelques jours, autour de mercredi, car ça va devenir plus compliqué. Il y a une zone de basse pression juste en-dessous de la dorsale et il n’y a aucun vent dans cette zone-là, d’où l’intérêt d’aller chercher un vent plus régulier et sur une plus longue période ».

 


CLASSEMENT

Positions du 26/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 19 799 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 25,5 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 127,3 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 151,6 m; 5.Bernard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 162,5 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 374,4 m; 7.Jean Le Cam (SynerCiel) à 388,6 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 496,3 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 742 m; 10.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 811,2 m; 11.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 843,7 m; 12.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 948 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 1 143,2 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa);Vincent Riou (PRB).
 



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