Vendée Globe
Au cœur de la course

Ils ne sont plus que treize...

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Vincent Riou (PRB) a abandonné dimanche, ils ne sont plus que 13 en course. Devant, Banque Populaire file toujours en tête de la flotte. .


Crédit photo : Jean-Marie Liot (DPPI)/Vendée Globe

Vincent Riou était en mesure de réparer la coque déchirée de PRB, mais n’a pas pu, en revanche, trouver de solution pour pallier la blessure de son tirant d’outrigger. Aller dans les mers du Sud dans de telles conditions n'est pas envisageable. Le diagnostic de Vincent est donc tombé dimanche matin : il rend les armes sur ce Vendée Globe 2012 et abandonne la partie. C’est la mort dans l’âme et les larmes aux yeux que Vincent annônait son retrait sur son troisième Vendée Globe : « C’était une décision très dure à prendre mais c’est la plus raisonnable. Je m’étais fixé cet objectif de Vendée Globe depuis plusieurs années. J’y ai mis énormément d’énergie. Je suis profondément déçu mais je le suis aussi et surtout pour mes partenaires, PRB et aussi Bouyer Leroux et Mercedes. PRB m’accompagne depuis 10 ans. Ils me font une grande confiance. Même si je n’y suis pour rien dans cette collision et les dégâts que cela a entrainé, je ne peux m’empêcher de culpabiliser. Je me sentais vraiment bien dans la course. Ces bateaux ont un potentiel impressionnant et je sais que la course dans le Sud va cette année prendre une autre tournure. La barre sera très haute et j’aurais bien aimé être de la partie. Ce jeu-là, j’avais vraiment envie d’y participer ! Maintenant je fais route vers Savaldor de Bahia au Brésil ou je pourrai réparer et reprendre ensuite le mer vers la France ». Le Vendée Globe est la course la plus intransigeante qui  soit. La plus belle certainement, la plus dure parfois. Elle se révèle injuste, forcément injuste, pour le lauréat 2005 de l’épreuve.



 

La flotte décimée



Après seulement 15 jours de course, sept concurrents du Vendée Globe sont au tapis. Une véritable hécatombe. Un tiers de la flotte décimée. Le plus étonnant dans ces abandons, ce sont les circonstances. Si Marc Guillemot (Safran) a connu une avarie structurelle de quille, le Polonais Zbigniew Gutkowski (Energa) des problèmes électroniques, et la Britannique Samantha Davies (Savéol) a démâté, les quatre autres solitaires ont été victimes de rencontres inopinées ! Kito de Pavant (Groupe Bel) et Louis Burton (Bureau Vallée) sont entrés en collision avec un bateau de pêche. Jérémie Bejou (Maître CoQ) a probablement heurté un objet flottant non identifié qui a fragilisé la quille de son monocoque. Et samedi matin, Vincent Riou a tapé une tonne errante en ferraille. On espère que cette funeste série a pris fin. Car à ce rythme, on se demande combien de solitaires retrouveront au mois de février les Sables d’Olonne...



 

Le Cléac’h solide leader



Ils ne sont donc plus que treize à cingler vers les mers du Sud. Avec en tête l’indéboulonnable Armel Le Cléac’h qui repousse toujours les assauts de François Gabart (Macif) et de Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) qui se relaient à tour de rôle en deuxième position. Derrière, Alex Thomson (Hugo Boss) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) peinent à suivre la cadence imposée par le trio de tête. Le groupe des leaders navigue désormais aux allures portantes avec un vent qui a basculé dans le secteur Nord-Est et souffle aux alentours de 15 nœuds au large du Sud des côtes brésiliennes. Dans le deuxième peloton, Mike Golding (Gamesa) précède toujours Jean Le Cam (SynerCiel) et Dominique Wavre (Mirabaud). Alessandro Di Benedetto (Team Plastique), qui ferme la marche à 1 000 milles de Le Cléac’h, est quant à lui impatient de rejoindre ses compagnons d’aventure dans l’hémisphère sud. Encore un petit effort, l’équateur n’est plus très loin...

 

LES VOIX DU LARGE



Vincent Riou (PRB) : « J’ai fait la réparation sur le tirant la nuit de samedi à dimanche mais je savais que c’était trop tard. Cette nuit, j’ai fait du composite pour essayer de faire ce que je pouvais et ce matin, je suis monté dans le mât pour mettre mon gros étai et assurer le gréement sur tribord. Je me suis rendu compte qu’il y avait un vrai problème et un problème important. Salvador de Bahia est l’endroit le plus proche de là où je me trouve. Je connais l’endroit et je sais qu’il y aura un ponton où je pourrai réparer le bateau. Une fois que ça sera réparé, je pourrai reprendre la mer. C’est un des côtés difficiles du métier de marin, il n’y a pas toujours de justice, il faut aussi savoir accepter sinon on ne vit plus. Mais c’est tellement de travail en amont que c’est un peu dramatique. Il faut que j’apprenne à vivre avec, c’est tout. Jean Le Cam m’a appelé la nuit dernière, merci à tous de votre soutien ».



Dominique Wavre (Mirabaud) : « J’ai appris ce qui était arrivé à Vincent Riou. C’est vraiment désolant de voir la quantité de pollution que l’on trouve dans les mers. Il y a une grande partie du monde qui considère les océans comme une poubelle, et ça fait mal au cœur. Moi aussi, j’ai vu des quantités de plastiques et de déchets, et j’ai accroché un filet dans mon hydrogénérateur. Mais, dans l’ensemble, j’ai eu de la chance et je n’ai pas eu de situations inquiétantes. En ce moment je navigue au près, bâbord amures, avec toute la toile dessus. Le vent est mou, environ 13-14 nœuds, et, la nuit passée, je suis carrément tombé dans un trou ; je suis resté bloqué dans une zone sans vent, j’ai dû envoyer le code zéro et j’ai perdu pas mal de temps. Mais là, c’est reparti et je vise le dos d’une dépression d’Ouest, située à encore pas mal de milles dans le Sud, pour mettre le cap à l’Ouest…».



Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « La nuit, il fait noir, mais pas tant que ça avec cette super lune. Je ne suis pas seul. Depuis hier soir ,j'ai croisé quatre cargos... Mais dans l’autre sens (ils conduisent bizarrement ici !). Je suis passé à côté de Fernando de Noronha. Je n’y suis jamais allé, je n'ai vu que des photos. J'irais bien jeter un œil ou deux là-bas (je crois que j'en ai même rêvé)... Enfin là, ce n’est pas trop d'actualité ! Le bel oiseau noir file tout seul, un coup de manivelle de ci de là, une relance au pilote quand le vent se cache. L’allure est bien agréable pour recharger les batteries. Une course de vitesse est engagée avec mes voisins. Puis demain c'est dimanche. Alors j'ai la table à mettre, il faut nettoyer la véranda et faire les vitres. Bon, peut-être pas quand même ! Grosse pensée pour Vincent, il n’y a pas de mot assez fort pour décrire ce qui lui est arrivé à part IMPROBABLE, peut-être. Bon je retourne en terrasse. Le bel oiseau noir me dit « viens tourner la manivelle », et là, je lui dis oui patron ! On se parle. Allez, à l'attaque ! ».



Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Ça va bien, le moral est bon, le temps superbe, un beau ciel bleu et une mer bleue marine. C’est sympa. Je suis vraiment triste pour Vincent. On sait tous les efforts que chacun met pour monter son projet et quand il y a un abandon, c’est vraiment triste. Il accumule un peu la malchance, le père Vincent. Mon dernier Vendée, j’ai commencé à le travailler le jour où j’ai abandonné. Je me suis dit : « Tu ne vas pas quitter sur cet échec et tu vas repartir ». J’ai vu l’architecte en Nouvelle-Zélande et, du coup, ça remet dans une dynamique positive. Donc 3 ans et 10 mois de préparation, mais c’est sûr qu’abandonner sur un truc aléatoire comme ça, c’est vraiment dur. Surtout que Vincent est chef de projet et entrepreneur à part entière. Il n’est pas juste skipper, il a aussi une grosse part dans la construction de son bateau. C’est d’autant plus triste car il est impliqué de A à Z dans son projet. J’ai utilisé le vent que j’avais pour remonter, j’en avais un peu plus que mes voisins à l’est. Même si je suis un peu plus rapide, ça reste très serré. Ça va être intéressant mais de toute façon, les résultats réels n’apparaîtront que dans 6 ou 7 jours ».



François Gabart (Macif) : « J’ai découvert l’abandon tout à l’heure, c’est triste et malheureux. Il faisait partie des favoris et il aurait amené plein de choses jusqu’à la fin de la course. J’ai vu les dégâts et c’est vrai que c’est toujours difficile d’aller dans les mers du Sud si le bateau n’est pas à 100%. C’est dur car c’est un concurrent que j’apprécie beaucoup.Vincent connait la matière et le composite, et c’était celui qui était le plus capable de réparer ce qu’il s’était passé ».



Mike Golding (Gamesa) : « Nous avons eu une bonne vitesse pendant la nuit mais maintenant, le ciel est couvert et le vent est à nouveau tombé. En ce moment, je prends les jours comme ils arrivent, les uns après les autres. Si je n’avais pas regardé le calendrier, je ne saurais pas qu’on est dimanche. Pour moi, tous les matins, c’est un nouveau jour qui commence, qui suit le précédent, et c’est comme ça que je vois le temps passer. J’ai beau essayer de réfléchir, c’est dur de deviner quand et où la prochaine opportunité de faire la différence se présentera pour moi. Je suis un peu déçu quand je vois la distance qui me sépare des leaders mais je m’y attendais. J’ai croisé PRB (le bateau de Vincent Riou a été endommagé après avoir heurté une grosse bouée semi-immergée) qui faisait lentement route vers l’ouest, je l’ai vu sur mon radar. Il faut bien avouer que quand on voit le nombre de bateaux qui ont été endommagés depuis le début de la course, ça permet de relativiser. Il peut se passer beaucoup de choses ». 


Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Je me porte très bien. Il y a du soleil mais malheureusement je n’ai pas beaucoup de vent. Il y a 6-7 nœuds, je suis un peu au ralenti. Mais sinon tout va bien, j’ai pu récolter de l’eau grâce aux grains et j’ai pris aussi des douches. La seule chose qui ne va pas, c’est le vent. Pour le passage de l’équateur, je vais offrir du vieux rhum à bord pour Neptune, et à moi aussi pour une petite gorgée ».




CLASSEMENT



Positions du 25/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 20 069 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 50,8 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) à 65 m; 4.Alex Thomson (Hugo Boss) à 134,7 m; 5.Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 140,7 m; 6.Mike Golding (Gamesa) à 360,8 m; 7.Jean Le Cam (SynerCiel) à 406,1 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 469,2 m; 9.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 698,4 m; 10.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 753,1 m; 11.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 805,7 m; 12.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 904,3 m; 13.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 998,9 m. Abandon : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa); Vincent (PRB).



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