Vendée Globe
Au cœur de la course

Vincent Riou en mode réparation

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Après avoir heurté samedi matin une tonne circulaire errante en ferraille, Vincent Riou (PRB) va tenter de réparer deux avaries majeures pour poursuivre son tour du monde.


Crédit Photo : Jean-Marie Liot (DPPI)/Vendée Globe

Coup dur pour Vincent Riou (PRB) qui a heurté ce matin un objet flottant qui n’avait rien à faire en pleine mer au large des côtes brésiliennes. Le vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 nous raconte sa mésaventure : « Ce matin vers 6h45 (H.F), je me suis mis à la table à carte pour l’analyse du premier  fichier météo de la journée. A 7 heures, il y a eu un choc dans le bateau. PRB s’est arrêté, j’ai entendu un gros bruit de carbone à l’intérieur. Je suis sorti en courant. J’ai vu défiler à l’arrière du bateau une grosse tonne circulaire. Elle n’avait pas grand chose à faire là, rien à faire au large. C’était un gros tas de rouille. J’ai abattu pour arrêter le bateau, je me suis rendu à l’avant. J’ai constaté que le bateau était sérieusement endommagé à l’avant tribord à 4-5 mètres de l’étrave. La zone touchée se situe au milieu de la partie verticale du bordé, donc à fleur d’eau quand le bateau est gité à 20°. La déchirure est exactement de 1m30 ». Riou possède à bord les matériaux nécessaires pour stratifier la brèche. La réparation de la zone déchirée et délaminée est donc envisageable.

 



Une seconde avarie !



C’était sans compter, quelques heures plus tard avec la découverte d’une seconde avarie majeure à bord : « Depuis, j’ai constaté que j’ai le tirant de l’outrigger qui est endommagé à 20 cm de la coque (l’outrigger est l’équivalent des barres de flèches. Sur PRB, elles partent du pied de mât, ndlr). Ces nouvelles ne sont pas bonnes. Aujourd’hui, pour réparer de manière fiable, je pense ne pas être loin d’une solution. Maintenant, ça va prendre beaucoup de temps. Il y a beaucoup de grains et d’humidité par ici et sur le pont de PRB, il fait 30°. Le composite, c’est dur quand il fait chaud et humide. Le deuxième volet (tirant d’outrigger, ndlr), il est entre les mains des calculateurs pour faire le point de ce qui est endommagé. Je ne me dis rien du tout, j’essaie de faire une analyse la plus rationnelle possible. Le tirant, c’est du carbone, et nous avons du carbone à bord. Donc a priori, des solutions sont envisageables mais pour l’instant, leur mise en œuvre n’est pas définie. Ce qui m’intéresse, c’est d’envisager la suite de la course » déplore Vincent. Le tirant est le câble de carbone qui sort de la coque pour aller jusqu’à l’outrigger. Cette pièce abîmée fragilise le mât. Vincent est en contact avec l’ingénieur avec lequel il a travaillé sur les calculs de mât pour mesurer les conséquences de l’avarie sur le tirant. Le skipper de PRB met tout en œuvre pour poursuivre sa course.

 



Le trio de tête s’échappe



Pendant ce temps-là, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) trace sa route vers le Sud à 13 nœuds dans un vent d’est de l’ordre de 10 nœuds. En attendant que Vincent Riou puisse reprendre la course, seuls François Gabart (Macif) et Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), pointés samedi après-midi à 50 et 67 milles, sont en mesure actuellement de contester la suprématie du skipper finistérien. Car derrière, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) navigue toujours moins vite (voir son récit ci-dessous) avec un génois, certes réparé, mais qui nécessite encore quelques réglages pour redevenir performant. De son côté, Alex Thomson (Hugo Boss) ne possède pas un bateau susceptible de rivaliser avec ceux du trio de tête et concède inexorablement des milles. Dans le peloton des papys flingueurs, Mike Golding (Gamesa) mène toujours les débats devant Jean Le Cam (SynerCiel) et Dominique Wavre (Mirabaud). A l’arrière, Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) est le seul à naviguer encore dans l’hémisphère Nord. Il est aux prises avec les affres du Pot au Noir.
 


LES VOIX DU LARGE



François Gabart (Macif) : « Le ciel est couvert et le vent est beaucoup plus instable depuis cette nuit. C’est un peu plus difficile à gérer, il faut régler les voiles, ça avance toujours même s’il y a des petits trous de vent. Je me suis vraiment reposé avec des conditions agréables depuis l’équateur. On peut prendre soin de soi et du bateau, et tant mieux, car je pense que les prochaines semaines vont être difficiles. Il faut en profiter. Il y a forcément une grosse envie d’aller dans les mers du sud pour voir ce que c’est. Je suis ravi d’être là. Je veux les vivre mais il faudra aussi de la prudence, car je sais que ce sont des navigations dangereuses. Je ne prendrai pas de risques inutiles, je ferai attention ».



Tanguy de Lamotte (Initiatives Coeur) : « Salut à tous de l'hémisphère sud ! A 3.53 UTC (4h53 heure française), Initiatives-coeur et ses passagers ont passé l'équateur ! C'est la troisième fois pour moi ! Une bouteille de champagne ouverte pour l'occasion et partagée entre l'océan, le bateau et le skipper, et des orangettes de la chocolaterie en offrande supplémentaire à Neptune et Eole. On se revoit dans quelques semaines. Cette fois-ci, nous avons 18000 milles nautiques à faire autour de l'antarctique avant de revenir dans l'hémisphère nord... C'est une bonne étape de franchie qui donne bien l'ampleur de la route qu’il reste à faire. La route continue au près en bâbord, tout va bien à bord, à cette allure la cabine est bien ventilée, c'est agréable ».



Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « Les nuages, bien présents cette nuit, ont demandé de l'attention aux réglages du bateau. Les températures diminuent tout doucement même si on a encore 25° dans l'eau. Troisième samedi en mer et ce matin c'est œuf brouillé avec jambon et pommes de terre au petit dej ! ».



Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Cette nuit, ça a été assez sport avec beaucoup d’orages. Il y a eu un lot de giboulées et des risées très fortes. Il fallait faire pas mal de manœuvres pour optimiser au mieux le vent. Le bateau glisse bien, il n’y a pas de souci à bord. Il faut se forcer à aller dormir. C’est vrai que depuis le départ, je n’ai fait que deux choses : veiller à la marche du bateau et dormir. J’espère maintenant profiter un peu plus et écouter de la musique ».



Bernard Stamm (SUI, Cheminées Poujoulat) : « Je souffle un peu donc c’est pas mal. Je ne peux pas très bien régler le génois que j’ai réparé, car il est mal fixé en haut. Il me reste, en plus, deux ou trois bricoles. Au large du Portugal, j’ai arraché l’hydro générateur tribord que je n’ai pas eu le temps de remettre,  mais sinon tout va bien. J’envisage de remonter dans le mât. Quand je suis monté, on était au près avec 13-14 nœuds de vent donc j’ai dû faire au plus pressé. Du coup, je vais remontrer pour voir si je peux récupérer le hook. Je suis resté 1h40 en tête de mât la dernière fois. C’est assez dangereux. Je mets un casque en haut du mât car si je prends un coup, c’est la misère ».



Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Passage du Pot au Noir dans les grains, les changements de vent à l’improviste et les accalmies. Beaucoup de manœuvres pour adapter les bonnes voiles au vent du moment. Vendredi, j’ai finalement pu enrouler correctement mon grand gennaker, je l’ai étalé sur le pont puis complètement déroulé et hissé rapidement dans un moment d’accalmie du vent. J’ai navigué quelques heures avec la grand-voile haute et le grand gennaker, puis le vent a tourné de 90°. Donc nouvelle manœuvre, j’ai enroulé le gennaker, viré de bord, solent et grand-voile haute puis code zéro et grand-voile haute, et une heure après, à nouveau solent et grand-voile haute ! Gros grain la nuit. J’ai profité de la pluie pour me laver. Un peu d’eau douce, ça fait du bien à tout le bateau, ça rince les voiles, les écoutes. Le premier essai pour dérouler le gennaker a commencé hier matin sous le soleil et une forte humidité, c’était fatiguant mais je voulais résoudre le problème car c’est une très belle voile, très importante. Après l’avoir hissée, le gennaker et son câble avaient toujours un souci, et l’arrivée d’un grain m’a décidé à renvoyer les nouveaux essais au soir. Une des choses les plus compliquées dans ce passage du Pot au Noir est de devoir adapter les ballasts (les réservoirs pour équilibrer la gite du bateau) aux conditions de vent très variables. Avec une quille pendulaire, ce transfert de poids au vent, ça se fait en quelques secondes en faisant basculer la quille. Pour parvenir à un résultat similaire, il me faut entre 20 et 40 minutes pour chaque transfert d’eau, donc pour chaque changement important de vent. Bon voilà, c’est ça aussi le Pot au Noir et il faut faire avec ! A part ça, les choses vont bien à bord mais il fait de plus en plus chaud : 28°C ce matin à l’intérieur du bateau. Là, je dois arrêter d’écrire ce petit journal de bord car le vent a de nouveau baissé et, à cause des ballasts, le bateau gite du mauvais côté, donc je vais faire le transfert puis m’accorder un petit café ! ».

 



CLASSEMENT



Positions du 23/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 20 359 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 50,1 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) à 67,4 m; 4.Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 119,9 m;: 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 136,6 m; 6.Vincent Riou (PRB) à 159,5 m; 7.Mike Golding (Gamesa) à 337,5 m; 8.Jean Le Cam (SynerCiel) à 400,9 m; 9.Dominique Wavre (Mirabaud) à 419 m; 10.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 625,6 m; 11.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 652,7 m; 12.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 723,8 m; 13.Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 799 m; 14.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 913,3 m. Abandon : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ); Zbigniew Gutkowski (Energa).



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