Vendée Globe
Au cœur de la course

François Gabart : «Courir le Vendée Globe, un privilège»

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INTERVIEW. Plus jeune concurrent encore en course après l'abandon de Louis Burton, François Gabart (29 ans) savoure sa découverte du Vendée Globe. Le skipper de Macif, présenté comme un favori avant le départ, confirme son statut avec son actuelle deuxième place.


La Chaîne Météo

Figaro Nautisme. - C'est votre premier Vendée Globe, quelles sont vos impressions?

François Gabart. - C'est génial. J'ai fait un bon début de course et je me suis retrouvé très rapidement dans le match avec les meilleurs. Même si j'ai perdu la première place, Armel (Le Cléac'h) n'est pas loin. On dispute vraiment une belle bagarre avec lui et les 4 autres derrière moi (Vincent Riou, Bernard Stamm, Jean-Pierre Dick et Alex Thomson). Les conditions de navigations sont parfaites en ce moment, j'ai une mer tranquille, un vent qui oscille entre 12 et 18 noeuds et peu, voire pas, de changement de voile à faire. Par contre, il fait très chaud. Le plus difficile est de trouver une zone d'ombre tout en ayant un courant d'air.

Vous êtes deuxième, vous attendiez-vous à un tel départ?

Non bien sûr, pas à ce point. Je savais que le bateau avait un bon potentiel, mais ces 10 premiers jours sont quand même une belle surprise. Il faut toutefois réaliser que 10 jours sur une course de 3 mois, cela reste très faible. Il faut savourer ces bons moments mais aussi se concentrer sur la suite de la course pour que ces périodes de bonheur puissent perdurer.

Votre objectif évolue-t-il avec ce début de course?

Non, il n'y a vraiment pas d'évolution de mes ambitions avec le classement actuel. Terminer reste l'objectif de base et c'est déjà compliqué. On a pu voir avec les incidents des autres bateaux que terminer était déjà un énorme challenge. J'ai un beau bateau et je veux le prouver. Je pense que si je rallie la ligne d'arrivée, je serais forcément bien placé.

Comment se passe la vie à bord?

Tout va bien. Le bateau est en pleine forme et moi aussi. Je prends vraiment soin de moi et notamment de mes mains car c'est la partie du corps qui est la plus mise à l'épreuve. Le rythme est venu petit à petit. Il y a bien sûr eu un contrecoup lié au départ, car le rythme de la vie terrestre et de la vie en mer sont très différents mais maintenant ça va. Il faut réussir à avancer tout en gérant bien le bonhomme, mais le rythme, ce n'est vraiment pas l'élément le plus difficile à gérer.

Comment avez-vous vécu le passage du Pot-au-Noir?

Ce fût un moment très difficile pour le groupe de bateau dans lequel j'étais. Ça n'a duré que 36 heures mais c'était vraiment intense. Il y avait de gros nuages, le vent était toujours instable. Il fallait y passer mais je suis content d'en être sorti. Une journée et demi, c'est tolérable, si j'avais dû faire une semaine entière dans ces conditions, ça aurait été plus compliqué.

Vous voilà dans l'hémisphère sud, est-ce le moment que vous attendiez le plus?

Pas spécialement. Moi ce qui me passionne vraiment, ce sont les Mers du Sud et je juge que ça commence plus loin, d'ici une semaine je dirais. Après, c'est vrai que l'hémisphère sud a un côté sympathique parce que c'est exotique, mais les conditions actuelles avec l'alizé de l'Atlantique Sud sont assez proches de celles qu'on avait dans l'Atlantique Nord. A partir de maintenant, l'expérience va aider les plus anciens. Moi je découvre cette zone mais ce n'est pas pour ça que je ne peux pas être performant.

Contactez-vous les autres concurrents? Et la terre?

Les autres concurrents, très peu. J'ai eu Bernard Stamm l'autre jour. Sinon, j'envoie des mails à quelques autres skippers comme Tanguy (de Lamotte) et Jean-Pierre (Dick) à côté de qui j'ai passé pas mal de temps dans le Pot-au-Noir. J'avais aussi échangé avec d'autres concurrents mais malheureusement ils ont abandonné. A terre, je contacte mon équipe mais surtout ma famille. Mon fils est encore un peu jeune pour les mails mais ma femme me tient au courant de la petite vie de la famille.

N'est-ce pas trop difficile d'être éloigné de votre famille?

Pas tellement. Si on n'est pas capable de vivre ça, on ne s'aligne pas sur le Vendée Globe. Je le vis parfaitement bien parce que je vis un rêve et une passion. Il ne faut pas être trop gourmand, on ne peut pas avoir tous les avantages de la vie à terre et vivre les émotions que procure la mer. Et je ne suis pas seul à bord, Mister F et Miss (ses mascottes) sont avec moi. Mister F s'ennuie un peu en ce moment car il aime l'action mais Miss est totalement satisfaite du calme actuel. A mon avis, une fois qu'on a vécu l'expérience d'un tour du monde, je pense que l'on apprécie encore plus la vie à terre. Courir cette épreuve est un privilège.

Votre bateau est récent mais vous avez déjà beaucoup couru avec. Pensez-vous que vous le maîtrisez totalement?

Assurément non. On ne maîtrise jamais son bateau à 100%, on le découvre petit à petit. Je pense que même si les 10 meilleurs marins étaient sur un bateau ils ne maîtriseraient pas tout. Avec la distance parcourue depuis le début de l'épreuve et ce qu'on avait déjà fait avant, le bateau a effectué l'équivalent d'un Vendée Globe. C'est peu, mais aussi suffisant pour se rendre compte de la machine qu'on dirige. J'ai vécu presque toutes les conditions possibles avec ce bateau. Je suis à l'aise dessus et en phase avec lui.

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