Vendée Globe
Au cœur de la course

Un Pot au Noir plutôt virulent

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Du leader Armel Le Cléac’h (Banque-Populaire) à Alex Thomson (Hugo Boss), les six premiers solitaires qui ouvrent la route sont tous logés à la même enseigne, englués dans le pot au noir !


Arrêt buffet dans la descente de la fin de l’Atlantique nord pour les six bateaux en tête de la flotte. A 16 heures lundi, le leader Armel Le Cléac’h (Banque-Populaire) ne comptait plus que 26 milles d’avance sur François Gabart (Macif), et 33 sur Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec). Le trio progressait entre 2 et 4 noeuds sous les effets d’un pot au noir particulièrement virulent à l’approche de l’équateur. Des vitesses qui chutent, des masses nuageuses qui s’étalent sur des dizaines de milles, des orages, des grains, des vents erratiques… Aucun doute, nous sommes bien dans le pot au noir !

 

Avoir de la chance dans le pot...

 

Une Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) que décrivait parfaitement François Gabart lors de la vacation radio du jour. « On est en plein dans le pot au noir. Avec Jean-Pierre Dick on est côte à côte, on a eu notre premier grain et là c’est la pétole depuis 15 minutes, mais c’est comme ça. Ce matin, le lever du jour était vraiment magique. Grosse pluie diluvienne, il faisait encore nuit, puis le soleil s’est levé pendant qu’il y avait un grain. Je garde un œil sur Jean-Pierre. Je crois qu’on cherche tous les deux une opportunité pour s’échapper. Si j’ai une opportunité de le laisser sur place, je n’attendrai pas. Il n’y a pas de grande stratégie à avoir. On a juste à aller vers le sud en espérant avoir de la chance ».

 

Attendre la fin du pot....

 

Les classements reprendront véritablement leur sens une fois le groupe de tête sorti du Pot au Noir. D’ici là, on peut assister à des retournements de situation, à des rebondissements vaudevillesques. D’Armel Le Cléac’h, leader, à Vincent Riou (PRB), cinquième, tout est encore possible. Alex Thomson peut avoir lui aussi son mot à dire. A bord d’Hugo Boss, le skipper gallois a réalisé un petit exploit en se maintenant au contact des premiers, tout en réparant la barre de liaison de ses deux safrans, endommagée par son hydrogénérateur qui s’était désolidarisé du tableau arrière. Pour Alex, il faut maintenant réparer cette autre pièce car le navigateur, de son propre aveu, ne dispose pas de suffisamment de gazole à bord pour boucler son tour avec son seul moteur comme producteur d’énergie.

 

Les trois inséparables

 

Derrière Thomson, le Suisse Dominique Wavre (Mirabaud), le Britannique Mike Golding (Gamesa) et Jean Le Cam (SynerCiel) avancent en rangs serrés. Le navigateur breton a bien tenté de proposer à son homologue helvète une sainte alliance contre la perfide Albion, mais il n’est pas certain que la négociation aboutisse. Ces trois-là sont sans aucun doute ceux qui possèdent le plus d’expérience cumulée des tours du monde. Ils ont choisi de naviguer à leur propre rythme, sachant que la route est encore longue.

 

Jérémie Beyou combatif

 

Jérémie Beyou a donc jeté l’éponge (voir son récit ci-dessous). Joint ce midi à la vacation, alors qu’il était au mouillage devant les îles du Cap Vert, le skipper de Maître CoQ a expliqué qu’il ne pouvait pas réparer par ses propres moyens et qu’en conséquence, il devait abandonner. Mais Jérémie ne compte pas en rester là. Assuré du soutien de son partenaire pour les quatre ans à venir, il va d’abord réparer sur place avant de convoyer son bateau vers Les Sables d’Olonne. Viendra ensuite le temps de la réflexion et des propositions. Jérémie Beyou n’étant pas homme à fourrer sa tête dans le sable, nul doute que l’on devrait l’entendre assez vite pour faire des propositions d’une part, et pointer à nouveau l’étrave de son Maître CoQ au départ des courses océaniques avant le prochain Vendée Globe.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Jérémie Beyou (Maître CoQ) : « Le diagnostic est clair : la façon dont j’ai amarré la tête de quille hier, c’est la meilleure des façons de l’amarrer, cela m’a permis de ramener le bateau à l’abri des côtes. En revanche, l’analyse que l’on a pu faire de cette attache hier soir et jusqu’en début de nuit, c’est que cela ne permet pas de mettre quelque charge que ce soit sur la tête de quille. On risque de la casser. Cela ne permet donc pas de faire un Vendée Globe, d’aller dans les mers du sud... Et même en naviguant sous-toilé, cela ne fonctionnerait pas. Donc pour être très clair, j’ai fait sauter mon plomb de moteur et je me dirige vers l’île Saint Vincent où mon équipe technique m’attend. La course est finie. Il y a beaucoup de frustration et de déception… Je suis déçu aussi pour toutes les personnes qui m’ont fait confiance, Stéphane Sallé (Directeur général de Maître CoQ) en premier lieu et toutes les personnes qui m’envoient des messages depuis hier, les éleveurs partenaires de Maître CoQ… tous sont derrière moi. Je suis en colère. Cela n’aurait pas dû arriver. Est-ce que l’on a tapé quelque chose ? Il y a des butées de jauge sur le vérin de quille : est-ce que cela a pu fragiliser la pièce ? Est-ce la pièce elle-même ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Lorsque c’est arrivé, j’étais tellement nerveux que j’étais mort de rire, tellement je n’y croyais pas. Après j’étais dans un énervement total, complètement concentré sur la réparation. Hier, toute la journée, j’ai été incapable de dormir. Je me suis jeté sur la nourriture, il y a de quoi faire… et j’ai fini par m’écrouler de sommeil. Ce matin, ça va mieux, j’ai l’esprit plus clair. Dans l’immédiat, la première difficulté va être de rentrer dans le port, il y a juste ce qu’il faut en tirant d’eau. Ensuite, il va falloir tout démonter et ça ne va pas être une mince affaire, car tout est un peu tordu. Un fournisseur en hydraulique va venir, on va expertiser tout cela. Ça va prendre pas mal de temps ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « Il n’y a plus beaucoup de soleil ce matin. C’était un peu le 14 juillet cette nuit, il y avait beaucoup d’éclairs. La première douche a été bien violente et comme j’étais dehors à manœuvrer, ça m’a bien rincé. Je fais sécher ce qui a été mouillé lors de la manœuvre ».

 

Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) : « Il commence à faire bien chaud à la hauteur des iles du Cap Vert. Je ne sais plus combien de fois je suis passé près de ces îles sans jamais m'y arrêter. L'autoroute du sud est ouverte, peu d'options se sont dessinées durant cette descente vers l'équateur. Aujourd'hui, j'attaque mon deuxième sac d'avitaillement. C'est presque parfait pour le premier, c'est simple et pratique. La vie à bord est organisée et je me repose plutôt bien. J'espère que la mise hors course va s'arrêter car moi qui avait dit 75% des bateaux à l'arrivée...Alors, bientôt le Pot au Noir, sacré dossier! Je pense que là il faut être bon, mais aussi avoir beaucoup de réussite. Affaire à suivre ! ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives-Cœur) : « Ça va chaudement, il fait bon. Le ciel est un peu plus bleu qu’hier, c’est une super journée qui commence. J’ai de l’alizé, 12 nœuds de vent, un peu moins que les autres donc je vais forcément un peu moins vite. J’ai eu quelques mails qui sont arrivés en rafale ce matin pour ma fête (ndlr : c’est la saint Tanguy) mais ce n’est pas un événement auquel je prête beaucoup d’attention, même à terre. Pour moi, c’est une journée comme les autres. Ce matin, je suis grimpé au mât, environ 3 mètres au-dessus de la bôme, j’ai fait le cochon pendu (rire). Je profite des conditions pour faire ça. Hier j’ai regardé avec des jumelles si tout se passait bien en tête de mât. Niveau bricolage, depuis le départ, j’ai eu trois fois rien à faire donc c’est bien ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « Tout va bien à bord. J’ai un peu lavé le bateau ce matin parce que les conditions le permettent. J’avais de l’eau douce, j’en ai profité pour faire une lessive mais c’est une grosse journée aujourd’hui, il y a du boulot avec le pot au noir, il faut faire sécher le linge... Pour le moment je suis assez satisfait. C’est déjà satisfaisant d’être en course vu ce qu’il se passe aux alentours. Là, on est un trio international, France (ndlr : lui-même), Suisse (Wavre), Angleterre (Golding) : Allez la France ! Je ne veux pas trop parler de la stratégie qu’on a mise au point tous les trois. On s’était mis d’accord, enfin pas avec Mike Golding, ça c’est sûr (rire). Mais c’est intéressant d’avoir un petit groupe à trois comme ça. Si on devait tomber dans l’ennui à un moment, avec mes deux compères autour de moi, c’est impossible. Ça me plaît bien d’être à la bagarre avec la Suisse et l’Angleterre. On va faire une coalition avec la Suisse contre les Anglais. Depuis le début, c’est la première nuit où j’arrive à dormir à peu près correctement 4 ou 5 heures ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « (A propos de sa réparation de la barre de liaison des safrans) Ce n’était pas vraiment le bon moment pour faire cela mais pour être honnête, nous n’avions pas vraiment le choix. Ça a l’air d’aller mais il faut toujours réparer l’hydrogénérateur. Je vais peut-être m’y mettre aujourd’hui si j’arrive à progresser dans le pot au noir. Je me suis arrangé pour continuer à faire avancer le bateau pendant ce temps-là, je n’ai pas senti le besoin de m’arrêter, le bateau allait vite et bien. Je suis très triste pour Jérémie Beyou mais je me doutais que ça pouvait arriver quand j’ai découvert qu’il avait cassé son vérin de quille. Je suis vraiment désolé pour Jérémie, c’est son deuxième Vendée Globe et son deuxième abandon. Je sais ce que ça fait. La veille, je me disais qu’on allait être ensemble pendant tout le tour du monde. Ce ne sont pas simplement nos rêves mais aussi toutes les personnes que l’on emmène avec nous… Il y a tellement de travail et d’implication dans un projet comme celui-ci. Et pas seulement pour lui mais aussi pour sa famille, ses amis, son équipe, ses sponsors. Jérémie va se sentir vraiment dégoûté pour tous ces gens. Cette course est très dure. C’est pareil pour Sam Davies et tous ceux qui ont dû abandonner comme Kito (de Pavant), c’est très triste quand ça arrive ».

 

Mike Golding (Gamesa) : « (A propos de la coalition France-Suisse évoquée par Jean Le Cam) Je leur souhaite bonne chance ! La nuit a été bonne, j’étais en train de dormir quand vous m’avez appelé. On est concentré à 100% sur la stratégie du pot au noir parce que, selon l’endroit où on y rentre, les logiciels de routage donnent un point de sortie sensiblement différent et il reste très peu de temps pour choisir la route optimale. Pour l’instant, le pot au noir est au centre de toutes nos attentions et non les bateaux qui nous entourent ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Finalement il y a un peu de soleil et d'alizé. Le vent reste instable à cause des grains et cela me demande une vigilance permanente. Je suis en train de résoudre partiellement le problème de l'hydrogénérateur, je coupe des diodes, je construis des fusibles et je fais de la soudure ! Hier, un taquet bloqueur de safran a sauté, je vais le remplacer avec un lascing (bout en textile) ou je vais essayer d'adapter un taquet de bôme à la place du taquet de safran. Je suis bien reposé et j'arrive toujours à bien manger. Parfois, suite à l'arrivée d'un grain et avec la gestion des ballasts (les réservoirs du bateau que je remplis à chaque fois de quelques tonnes d'eau pour compenser la gîte due à l'action du vent sur les voiles), je repousse le moment du repas et c'est un petit vortex...dans mon estomac ! Ce qui me rappelle qu’il est temps de manger, là je m'aperçois qu’il est 16h et je saute mon repas du midi. Mais au final, ça c'est bien aussi car ça fait partie de la navigation, du voyage et de cette fantastique course autour du monde. On oublie les choses...et on en apprend plein d'autres...Je suis à la latitude des Canaries et j’ai des souvenirs de mes précédents voyages en tête. L'air ici est tiède et je suis presque toujours en maillot de bain et harnais avec ligne de vie. Le bateau a une belle allure et parfois me fait cadeau de quelques surfs à 20 nœuds, c’est là que je prends beaucoup de plaisir à barrer après avoir réglé au mieux les voiles. Chaque nuit, en regardant vers le sillage, entre les petits nuages bas de l'alizé ou les plus sombres chargés de pluie, je fais un clin d'œil à notre étoile polaire et à sa distance de plus en plus petite avec l'horizon. C'est ce qui témoigne que je me rapproche de plus en plus de l'autre coté de la planète. Merci à tous ceux qui me permettent de vivre cette belle aventure. Merci donc à Didier Elin, à Team Plastique, à tous les autres partenaires, à l'équipe à terre, aux bénévoles, à mon amie, à la famille et aux amis ».

 

CLASSEMENT

 

Positions du 19/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 21 319 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 26,8 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 33 m: 4.Berrnard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 36,2 m; 5.Vincent Riou (PRB) à 59,3 m; 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 62,4 m; 7.Mike Golding (Gamesa) à 269,3 m; 8.Dominique Wavre (Mirabaud) à 276,7 m; 9.Jean Le Cam (SynerCiel) à 280,4 m; 10.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 436,6 m; 11.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 600,7 m; 12.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 755 m; 13.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 769,5 m; 14.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 1 088,1 m; 16.Zbigniew Gutkowski (Energa) à 1 540,3 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée); Jérémie Beyou (Maître CoQ).
 



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