Vendée Globe
Au cœur de la course

Grave avarie de quille sur Maître CoQ

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Coup dur pour Jérémie Beyou : dans la nuit de samedi à dimanche, une pièce maîtresse, le vérin de quille, a cassé sur Maître CoQ.


Crédit photo : Jean-Marie Liot (DPPI)/Vendée Globe

Tout allait pour le mieux samedi à bord de Maître CoQ. Le bateau filait au portant, sans forcer, à 21 nœuds de vitesse, sur la route directe. Jérémie Beyou (lire son récit ci-dessous) se reposait à l’intérieur lorsqu’il a entendu un gros « bong ». Le bateau est parti au lof et sa quille a pris 10° d’angle. Le skipper de Maître CoQ a vite constaté que la tête de vérin de quille, qui permet de basculer l’appendice en latéral de façon à augmenter son efficacité, avait cassé net. Jérémie Beyou a réussi à sécuriser sa quille à l’aide de cordages, mais cette réparation ne pourra résister aux milliers de milles à venir de ce tour du monde. Depuis la nuit dernière, il est contraint de faire route vers les îles du Cap Vert pour s’abriter et tenter de trouver une solution à ce souci technique majeur. Déjà, aujourd’hui, par 25 nœuds de vent et une mer formée, le navigateur est obligé de brider son Maître CoQ pour préserver sa réparation. Par chance, les îles du Cap Vert, relativement proches de sa route, vont lui offrir un abri salutaire, le temps, si possible, de trouver une solution à cet épineux problème technique.

 

Une pièce en titane

Beyou est dépité : «Une telle pièce ne casse jamais ! C’est incroyable, cela n’aurait jamais dû arriver». Les experts, qui se sont penchés, la nuit dernière, sur le cas de cette tête de vérin de quille, ont été unanimes : cela n’aurait jamais dû casser. Cette pièce en titane est conçue pour supporter des charges de 120 tonnes alors qu’au maximum, sur Maître CoQ, la charge, dans la pire des configurations, est de 40 tonnes. Et le vérin de Maître CoQ avait été révisé l’hiver dernier, juste avant que Jérémie Beyou ne prenne le bateau en main. Mais ce mystère sera à élucider plus tard. Aujourd’hui, l’urgence est de faire face et, si possible, de repartir. Beyou fait actuellement cap, à 5-6 nœuds, sur Santo Vincente, à Mindelo. Toute son équipe technique est sur le pont depuis la nuit dernière, et tout sera mis en œuvre pour lui permettre de poursuivre son tour du monde. Il est évident que Beyou ne s’aventurera pas dans les mers du sud, loin de toute vie humaine, avec une tête de quille fragilisée. Il faut impérativement qu’il trouve une réparation fiable. Mission difficile, sans aucune assistance extérieure, et surtout sans aucune pièce de rechange prévue à bord pour ce type d’avarie majeure. Maître CoQ devrait rallier les îles capverdiennes en soirée ce dimanche.

 

Bagarre à tous les étages

Toujours au commandement de la flotte, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) ne lâche rien et maintient à distance respectable une meute de cinq skippers lancée à ses trousses : François Gabart (Macif), Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), Vincent Riou (PRB) et Alex Thomson (Hugo Boss). Tout ce beau monde dévale la fin de l’Atlantique Nord à 16,5 nœuds de moyenne et n’était séparé dimanche à 16 heures que de 115 milles. Mais le bonheur de bien glisser va rapidement passer au deuxième plan car les premiers réfléchissent déjà à la stratégie à adopter pour le délicat passage de la zone de convergence intertropicale, le fameux Pot au noir... Derrière, la bataille fait aussi rage entre un trio composé de Dominique Wavre (Mirabaud), Jean Le Cam (Synerciel) et Mike Golding (Gamesa), qui ne cessent de s’échanger les places (entre la 7ème et la 9ème). A l’arrière du peloton, belle opération de Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde) qui grapille deux places pour se hisser au douzième rang. Quant à l’infortuné navigateur polonais Zbigniew «Gutek» Gutkowski (Energa), dimanche après-midi, il était toujours à la cape en train de tenter de démêler son gennaker déchiré et enroulé en tête de mât.

 

LES VOIX DU LARGE

Jérémie Beyou (Maître CoQ) : « Samedi en début de nuit, j'ai entendu un grand bruit, le bateau est parti au lof et la quille a pris 10° d’angle. Ai-je tapé quelque chose ? Le vérin a-t-il cassé seul ? Toujours est-il que la tête de vérin de quille s’est cassée net. L’urgence fut avant tout de sécuriser la quille et de bloquer la tête de quille qui, du coup, n’était plus retenue. Avec la mer qu’il y a dans le coin, ça n’a vraiment pas été facile de ligaturer le tout. Il faut faire très attention où on met les doigts dans ces cas-là, car chaque mouvement de l’appendice, c’est des tonnes de déplacement ! J'ai quand même réussi à amarrer la tête de quille avec des cordages d'un côté, et à bloquer le bout de vérin qui restait de l’autre côté. Mais ces cordages, qui peuvent prendre jusqu’à 40 tonnes de charge à chaque secousse du bateau, ne vont pas tenir indéfiniment. Cela permet de se mettre à l’abri, mais pas de faire un tour du monde. Surtout que dès que le bateau gîte, il prend désormais l’eau (un joint a été abîmé lors du bris de la tête de vérin et de la fixation des cordages destinés à bloquer la tête de quille, ndlr). Les pompes fonctionnent en permanence, ça arrive à peine à étaler les rentrées d’eau ».


 
Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « Tout va bien en ce dimanche estival avec le soleil du Cap Vert. Le Pot au noir, c’est la prochaine étape, il bouge pas mal en ce moment. Je regarde mes cartes au moins deux fois par jour pour déterminer quelle va être ma stratégie. La course était assez rythmée au début. Depuis deux ou trois jours c’est un peu plus tranquille, on est plus dans un rythme de Vendée Globe avec la gestion du matériel et du bonhomme. On est parti sur le marathon, après le sprint du départ. La route est longue ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « Actuellement, il fait 30 degrés dans la cabine, c’est un peu couvert, mais c’est de la bonne navigation. Le seul petit coup dur était près de Madère avec une légère dépression, mais là ça glisse bien, c’est vraiment plaisant. Ça reste un peu humide mais l’eau est chaude et il y a du soleil. On est un petit groupe avec Jean Le Cam, Mike Golding et moi. C’est sympathique d’avoir des copains comme ça. Maintenant que les conditions sont plus régulières, je dors demi-heure par demi-heure alors qu’avant je dormais par tranches de 10 minutes ».

 

Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) : « Je ne reçois pas beaucoup de messages de mes contributeurs et il ne vaut mieux pas parce que sinon, je serais très, très vite inondé. J’ai quelques supporters assez proches qui ont contribué à la mise en route du projet et à ce que le bateau soit au départ. C’est une aventure extraordinaire ».

 

Vincent Riou (PRB) : « C’est un bilan mitigé pour l’instant, mais il n’y a pas non plus péril, il n’y a pas eu de grosse casse. Je suis content d’être dans une flotte homogène. Maintenant il y a le Pot au noir, c’est l’inconnu des deux prochains jours. Toute mon attention est tournée vers cette zone. J’observe la manière dont elle se développe. Samedi matin, j’ai eu une grosse frayeur parce que je suis entré en collision avec un gros tronc d’arbre. Les deux safrans sont remontés ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Lors de la dernière journée, nous avons réalisé notre meilleure performance sur 24 heures depuis le départ de la course. J’ai réussi à m’accrocher au groupe de tête, ce qui est excellent lorsque l’on prend en considération l’avantage qu’ils devraient avoir au niveau de la vitesse. J’ai accentué l’écart avec Maître CoQ qui était mon ombre, mais qui a commencé à perdre beaucoup de terrain hier. Aujourd’hui nous avons appris qu’il avait un problème de quille et qu’il va s’arrêter au Cap Vert. Je suis vraiment désolé pour lui et j’espère qu’il pourra réparer ça et continuer. Je commence à regarder le Pot au noir avec beaucoup d’attention, mais c’est dur de dire ce que je vais faire. Nous allons tous dans la même direction donc j’aurai une idée de ce qu’il se passe grâce à ceux qui sont devant moi ».

 

Zbigniew « Gutek » Gutkowski (Energa) : « Je dois enlever le grand gennaker qui était coincé et qui est détruit. Je n’ai pas eu à aller en haut du mât, je me suis arrangé pour intervenir depuis le pont. Je suis très embêté car le pilote automatique ne fonctionne pas. Je me suis arrêté, et là je pêche en réfléchissant à une solution pour résoudre mes problèmes. Pour être honnête, à l’instant présent, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire après. J’ai failli perdre ma vie dans les mers du Sud par le passé, et il est hors de question que cette situation se reproduise. Je n’arrive pas à dormir, parce que je passe mon temps à réfléchir à ce que je dois faire ».

 

Jean Le Cam (SynerCiel) : « Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit. J’ai beaucoup barré sous spi et je suis sûr que Mike (Golding) aussi. C’est la guerre ! Là, je viens de finir un changement de voiles. Je n’ai pas arrêté. J’ai quitté le T-shirt et je suis en sueur. On est plus haut que Dominique, donc on devrait avoir un meilleur angle pour descendre et aller plus vite. Je vais passer à 50 milles de Santo Antao. À mon avis, il est inutile de s’en écarter plus pour les dévents. Je connais bien la région du Cap Vert. C’est là que nous nous étions abrités après notre démâtage sur Président dans la Barcelona World Race il y a 2 ans. Même si je trouve ces îles très jolies, Santo Antao en particulier, je n’ai aucune envie de m’y arrêter aujourd’hui… ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives coeur) : « Nous voici sous spi, manoeuvre de nuit, et, depuis, ça glisse avec environ 12 nœuds de vent. Par contre, j'ai déjà taché mon tee-shirt tout propre en buvant la soupe trop chaude de mes nouilles chinoises. Je dors par tranche d'une heure et c'est mieux (moins de trafic…). Tous les jours je découvre de nouveaux dessins dans le bateau et j'en ai remarqué plusieurs avec un message "stop pollution". C'est bien que les enfants soient déjà sensibles à ce problème ».

 

Mike Golding (Gamesa) : « Les conditions sont agréables et stables, je pousse un peu le bateau sous spi et il réagit bien. La température est douce, avec pas mal d’humidité, et la vitesse du vent est de 18 à 22 nœuds, ce qui nous permet de bien avancer. J’ai bien travaillé à bord, j’ai lavé la cale, j’ai séché l’eau qui stagnait à certains endroits et je suis en train de réfléchir à la meilleure façon d’améliorer les hydrogénérateurs, car, actuellement, ils ne fonctionnent qu’à 50% de leur potentiel. Je devrais atteindre le Pot au noir dans un jour et demi, puisqu’on arrive à maintenir une bonne vitesse. Le trou qui s’est creusé entre moi et le groupe me rend un peu nerveux, je n’aime pas ça. J’aimerais me rapprocher mais en même temps, aussi tôt dans la course, ce n’est pas la peine de s’affoler. C’est difficile de tenir tête aux nouveaux bateaux en terme de vitesse, et Alex est dans son élément dans les conditions actuelles. Je ne suis pas surpris de le voir bien figurer au classement. Mais il va encore se passer beaucoup de choses. J’ai terminé mes oranges, il me reste trois pommes et deux paquets de bacon que je ferais bien de manger rapidement. Le pain ne se tient plus très bien, et je suis donc passé au lyophilisé. Ce n’est pas mauvais, tant qu’on ne s’attend pas à avoir exactement ce qu’on voir sur le sachet ! ».

 

Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « Et oui, heureusement que je suis là ! Aujourd'hui, 18 novembre, arrivait une certaine Florence Arthaud en tête de la Route du Rhum. Et oui messieurs... C’était il y a 22 ans désormais. Je m'en souviendrai, de cette date, alors. Premier vrai dimanche en solo, arrivée de Flo et d'autres qui suivront, ça vaut bien une p’tite bouteille de champagne qu’on avait glissée pour l'occasion. Alors une goutte de champ’ pour ma véranda, une goutte pour l'océan, une goutte pour Flo, une goutte pour... Et une pour moi, enfin, s’il en reste ! Bon dimanche à tous ».

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Bonjour à tous. J’avais besoin d’une journée comme celle-ci, tranquille et rapide, du moins à partir de midi. J’en ai profité pour organiser un peu l’intérieur du bateau et faire sécher mon linge. J’ai utilisé beaucoup plus de  linge que prévu pour cette première semaine. Je vais vérifier, mais je pense que je vais faire une grande lessive avec tous ces vêtements. J’ai mis quatre tee-shirts polaires dans la semaine au lieu de deux, rien de grave ! J’ajouterai un peu d’eau douce pour enlever le sel, sinon ça ne sera jamais sec ! Aujourd’hui, j’ai pu bien manger et me reposer un peu. J’avais besoin de dormir, je me suis accordé deux heures de sommeil avec un petit coup d’œil à l’extérieur entre les deux. Je suis comme neuf ! Tactiquement, maintenant  que je suis seul sans les autres concurrents autour, je vais faire une route assez standard vers le sud, du moins jusqu’à l’entrée du Pot au noir, et là, je verrai à quelle longitude je passerai. C’est un détail, mais à cette époque de l’année, les calmes équatoriaux se trouvent à la latitude 5° Nord. Après, nous traverserons tout l’Atlantique Sud pour arriver dans l’océan Indien. Mais nous avons encore deux semaines avant d’y arriver, et j’espère revenir peu à peu dans le sillage des bateaux en tête de la flotte d’ici là ».

 

CLASSEMENT

Positions du 18/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 21 592 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 61,6 milles du leader; 3.Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) à 69,5 m: 4.Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 75,8 m; 5.Vincent Riou (PRB) à 100,9 m; 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 115,7 m; 7.Dominique Wavre (Mirabaud) à 338,4 m; 8.Jean Le Cam (SynerCiel) à 341,1 m; 9.Mike Golding (Gamesa) à 341,7 m; 10.Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 365,5 m; Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 469,7 m; 12.Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) à 731,2 m; 13.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 741,4 m; 14.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 742,8 m; 15.Alessandro di Benedetto (Team Plastique) à 1 024,1 m; 16.Zbigniew Gutkowski (Energa) à 1 244,2  m. Abandon : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée).



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