Vendée Globe
Au cœur de la course

Les cinq leaders dans un mouchoir de poche

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Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) accélère la cadence. Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) et Vincent Riou (PRB) se rapprochent du trio de tête.


Crédit photo : Jean-Marie Liot (DPPI) / Vendée Globe

Samedi, au pointage de 16 heures, par le travers des îles du Cap Vert, le leader Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) avait remis du charbon dans la chaudière en descendant l’Atlantique Nord à 18,5 noeuds, poussé par un alizé de nord-est de l’ordre de 15 à 17 noeuds. Une vitesse élevée qui lui permettait de garder son dauphin Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à une distance respectable (38 milles). Troisième, François Gabart (Macit) est de plus en plus sous la menace de Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) et de Vincent Riou (PRB) qui grapillent encore quelques milles au trio de tête. Après une semaine de course et 2 000 milles parcourus, les cinq premiers solitaires se tiennent en 84 milles seulement. Autant dire des écarts infimes à l’échelle d'un tour du monde de plus de 24 000 milles.

 

Frayeur pour Riou


Personne n’est à l’abri de faire une mauvaise rencontre en mer comme l’explique Vincent Riou (PRB), victime d’une belle frayeur : « J’ai heurté un tronc d’arbre samedi matin alors que le bateau avançait à 18 nœuds. Il était gros mais flottait entre deux eaux. Il était à moitié coulé, je ne pouvais pas le voir. Je l’ai juste vu ressortir à l’arrière. Il n’a pas tapé dans la coque mais a cogné contre la quille, puis contre le safran qui s’est relevé. Le bateau est parti au tas forcément. Rien de grave mais ça fait une petite montée d’adrénaline ! Il y a vraiment plein de choses qui traînent dans cet Atlantique Nord ! ». Bonne nouvelle par contre du côté de l’île de Madère : après son démâtage, la Britannique Samantha Davies est arrivée sans encombre, ce matin, au port de Funchal, situé sur l’île de Madère (Portugal).

 

Sanso reprend la route

 

A noter aussi que l’Espagnol Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) a pu se mettre à l’abri sous une côte des îles Canaries et grimper dans son mât pour remettre en état le chariot de grand voile endommagé. Il a repris sa route vers le Sud. Zbigniew Gutkowski (Energa), quant à lui, aux prises avec une défaillance de son pilote automatique, a effectué une figure libre, qualifiée d’empannage chinois. Cette manœuvre, rigoureusement involontaire, consiste à voir la bôme passer, au vent arrière, d’un bord sur l’autre avec violence, suite à un changement de cap inopiné du navire. Dans la foulée, le gennaker de Gutek s’est entortillé autour de son étai de foc et le navigateur polonais cherche une solution pour démêler le sac de nœuds sans perdre trop de temps et d’énergie. En dehors de Gutkowski, l’ensemble de la flotte progresse à plus de 12 noeuds de moyenne dans de bonnes conditions de navigation. Excellent pour le moral des solitaires avant d’aborder le tant redouté Pot au noir au niveau de l’équateur, où il faudra jouer au chat et à la souris avec les calmes de cette fameuse Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT).

 

Les voix du large

 

Louis Burton (Bureau Vallée) : « On a tout tenté pour rentrer aux Sables, pour réparer le bateau et repartir mais malheureusement, ce n’était pas raisonnable. J’ai mis le clignotant à droite au milieu du rail des cargos, au large de La Corogne, pour rentrer au port, qui était à quatre heures de navigation. J’ai pris la décision tout seul en regardant les fichiers météo. C’était ce qu’il fallait faire si je voulais que le mât reste sur le bateau. Sur le plan mental, c’est extrêmement difficile parce qu’on passe par des états psychologiques et émotionnels très forts qui vont dans un sens puis dans l’autre. Au début, j’étais parti pour aller à Lisbonne et abandonner. Mais c’est là où le travail avec Servane (Escoffier, sa compagne, NDLR), et Nelson, mon frère, a été formidable. Ils m’ont dit d’étudier cette option (de rentrer réparer aux Sables puis repartir) ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) : « Je suis sous gennaker et ce matin j’ai eu la petite ‘‘ risée ’’ du matin. J’ai été surpris mais j’ai pu sortir à temps pour choquer la grand-voile et redresser le bateau. J’ai super bien dormi cette nuit, j’ai croisé un cargo qui m’a dit : ‘‘Vous devez être un bateau du Vendée Globe, bonne route’’. Et ce matin j’ai fait un peu de ‘‘air guitare’’ pour me réveiller. On croise beaucoup de bateaux - il ne faut pas dire ça à Kito et Louis - et il faut être très vigilant. Ce matin, j’ai ouvert un cadeau avec des graines de basilic qu’il va falloir que je cultive ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « Ça fait plaisir de mener la course mais ce n’est pas ma priorité. Il y a un bon rythme devant avec mes camarades. On arrive à mener nos bateaux quasiment à 100% maintenant, c’est toujours agréable. Il fait chaud. On descend vers le sud avec des conditions bien dégagées. L’eau est chaude donc c’est sympa pour manœuvrer. En étant devant, c’est moi qui vais attaquer le Pot au noir le premier. Il faut trouver le meilleur chemin ».

 

Mike Golding (Gamesa) : « Ça n'est pas trop mal maintenant. J'ai 18 nœuds de vent et nous sommes avançons tranquillement vers l’ouest. Je suis juste en attente pour l’empannage, alors j'espère que le calme est terminé pour le moment. Le vent est en train de se construire et il devient plus stable maintenant. La brise va progressivement tourner maintenant, il n'y a priori pas de changement réel dans la direction du vent, donc il faut juste choisir le bon moment. Mais c'est sûr que je préfère en profiter maintenant, aller un peu plus loin à l'ouest, plutôt que de le regretter plus tard. Et je suis sûr que Jean va commencer. Sinon, tout va bien. Je suis assez fatigué en ce moment parce que j’attends l’empannage, et vous n'avez pas envie d'aller dormir et de rater le coche ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) : « Je suis pleine balle dans l'alizé de l'Atlantique, je navigue actuellement dans 23-24 nœuds, c'était plutôt rapide cette nuit. Je suis dans le rythme du peloton de tête. La navigation est plus agréable aujourd'hui que lors des premiers jours dans le Golfe de Gascogne. Cela devrait mollir dans la journée. Je vais bientôt pouvoir faire sécher mes cirés dans le cockpit, c'est une bonne chose car, là, ça mouille bien ! Il commence à faire chaud, voire même étouffant à l'approche des îles du Cap Vert. L'ambiance est très humide à bord, cela promet pour le grand sud ! J'ai pris mes marques à bord. «Ma maison, mon Virbac Paprec 3» est bien rangé, les sacs sont parfaitement matossés au vent. J'ai vu des trucs voler cette nuit, cela devait être des poissons volants, je n'en ai pas encore eu sur le pont mais cela ne devrait tarder ! ».

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Hier, c’était une journée bien chargée. Comme vous le savez, j’ai dû m’abriter près de Tenerife pour pouvoir monter en tête de mât, afin de  trouver  un endroit sans trop de vague pour pouvoir grimper. Mais derrière Tenerife, je suis tombé dans une zone sans  vent, avec de la houle, après deux heures frustrantes, j’ai donc  essayé de me  rapprocher de la terre pour avoir moins de houle, et laisser le bateau quasiment à la dérive sans gouvernail. Chaque fois que je grimpais d’un mètre, c’était comme si j’étais un sac de pommes de terre qui se balançait d’un côté à l’autre. Par chance j’étais bien placé, bien  face au mât. Une fois au milieu du mât, l’alarme du pilote automatique s’est mise en marche, j’avais perdu le cap. Il n’y avait quasi pas vent, et le solent portait à peine. Le problème, c’était que la houle résiduelle compliquait tout. Quand je suis arrivé à 30 mètres du pont, je dois admettre que la vue était splendide, j’avais  déjà trouvé un système pour contrôler le roulis,  c’était  quasiment à la limite de mes forces. J’ai pu récupérer un charriot qui tenait par miracle en tête de mât qui m’attendait. J’ai attendu quelques minutes,  j’ai déconnecté le système qui m’attachait au mât, plus facile dans ce sens là malgré quelques coups dûs au roulis, mais rien de grave ! Une fois descendu, le travail a commencé, j’ai démonté les charriots pour les remplacer, car ils étaient cassés notamment celui de la dernière latte de grand voile.  A 20 heures, le bateau était prêt à repartir pour continuer la régate à 100%. Le problème avec cet abri de Tenerife, comme on pouvait s’y attendre, c’est qu’il m’a  scotché jusqu’à  4 heures du matin, enfin j’ai pu me dégager par le sud et regagner l’ouest ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Le bateau est vraiment à l’aise ce matin, ça va vite et j’apprécie beaucoup les conditions à bord. J’ai pu faire quelques siestes la nuit dernière donc je ne suis pas trop exténué. Je suis très content de ma position lors du dernier classement, surtout de l’écart entre moi, Maître CoQ et Gamesa, même s’ils vont sûrement me revenir dessus. La mer est un peu plus agitée ce matin et les nuages blancs de la nuit dernière semblent avoir été remplacés par des nuages noirs menaçants qui vont probablement rester dans les parages pour les prochains jours. Ma toux me dérange toujours et j’ai commencé à prendre des antibiotiques sur les conseils de mon docteur pour m’en débarrasser. J’espère que ce sera terminé dans quelques jours ».

François Gabart (Macif) : « Il commence à faire un petit peu chaud. C’est bon signe, ça veut dire qu’on va dans le bon sens. Le vent est pas mal, la mer n’est pas trop agitée non plus, c’est assez plat. C’est propice à de bonnes glissades. Banque Populaire est juste à côté, donc il a à peu près le même vent que moi. On est passés tout près l’un de l’autre cette nuit et il n’avait pas les mêmes voiles. On essaye d’aller le plus vite possible, qu’il y ait un bateau à côté ou pas. Autrement, j’ai croisé le voilier "Kairos" qui est apparu à l'AIS. Bilou tu es dans le coin ? Tu pars en croisière aux Antilles ? (NDLR: la société de Roland Jourdain s'appelle Kairos). Il fait route perpendiculaire à Macif à 6 noeuds et nous sommes en parfaite route de collision. Au début, je pense que c'est un voilier de croisière qui veut venir voir nos jolis bateaux. J'essaie d'appeler à la VHF. Rien. Pas de réponse. 5-10-15 minutes passent. Après plusieurs appels toujours rien, et nous sommes toujours "un coup je passe devant, un coup je passe derrière". À la fin, je prends la barre sur les deux dernières minutes pour être sûr de passer devant. Je passe à 100 mètres. Un petit coup de lumière dans les voiles. Je crois qu'il a paniqué. Il a lofé en grand en se demandant certainement quel était ce feu rouge qui est passé à toute vitesse devant son étrave ! Quelques heures plus tard, même situation, mais avec deux bateaux aux routes et aux vitesses à peu près similaires. C'est Poujoulat. Petite discussion à la VHF. La Maire de Niort doit être contente avec ses deux poulains (Poujoulat et Macif sont deux sociétés implantées à Niort) côte à côte au milieu de l'Atlantique. Tous les deux sur le podium. Vive Niort et vive les Niortais ».

 

Classement

Positions du 17/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 22 001 milles de la ligne d’arrivée; 2.Berrnard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 38,6 milles du leader; 3.François Gabart (Macif) à 56,7 m; 4.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 75,6 m: 5.Vincent Riou (PRB) à 83,9 m; 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 121,4 m; 7.Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 171,7 m; 8.Mike Golding (Gamesa) à 273,7 m; 9.Jean Le Cam (SynerCiel) à 274 m; 10.Dominique Wavre (Mirabaud) à 292,8 m; 11.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 365,6 m; 12.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 588,5 m; Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 597 m; 14.Bertrand de Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets); à 639,3 m; 15.Zbigniew Gutkowski (Energa) à 816,3 m; 16.Alessandro di Benedetto (Team Plastique) à 821 m. Abandon : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée).
 

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