Vendée Globe
Au cœur de la course

Armel Le Cléac’h imprime le rythme

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Armel Le Cléac’h (Banque-Populaire) a grappillé ce vendredi quelques milles à ses deux poursuivants François Gabart (Macif) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat). Après son démâtage, Samantha Davies (Savéol) tente de surmonter sa déception.


Après le démâtage de Savéol survenu jeudi en fin d’après-midi, tous les concurrents du Vendée Globe ont transmis des messages de sympathie à Samantha Davies (voir son récit ci-dessous). La jeune Britannique qui progresse au moteur est attendue samedi dans la matinée à Madère par son équipe technique. Quant à Louis Burton (Bureau Vallée), il a dû se résoudre à relâcher dans le port de La Corogne, la météo dans le Golfe de Gascogne ne lui permettant plus de continuer sur un bord vers les Sables d’Olonne avec un gréement endommagé. Le Vendée Globe perd sa seule fille et son benjamin. Mais pour les autres, la course continue avec un nouvel objectif à terme : le Pot au Noir.

 

Plus que seize en course...

 

En ce sixième jour de Vendée Globe, ils ne sont donc plus que 16 en course. 20% d’abandon après six jours de mer, le bilan est cruel. Mais analysons les faits. Deux des abandons, celui de Kito de Pavant (Groupe Bel) et celui de Louis Burton (Bureau Vallée) sont dû à des accidents malchanceux (collision avec des pêcheurs). Deux autres, celui de Marc Guillemot (quille arrachée) et Sam Davies (démâtage) à des avaries dont la voile, sport mécanique, n’est jamais exempte. Les conditions de navigation et surtout l’état de la mer sont un des facteurs de la casse matérielle. Or, il faut savoir que les phénomènes météo l’hiver en Atlantique Nord sont souvent plus violents que dans le Grand Sud pendant le printemps austral. Il y a quatre ans, le pire coup de vent qu’ont affronté les marins a eu lieu au niveau des Açores, lors de la remontée de l’Atlantique.

 

Sanso en haut de son mât

 

Les escales techniques de Sam Davies et Louis Burton sont malheureusement définitives. Parallèlement, un autre marin cherche à s’abriter dans l’archipel des Canaries pour pouvoir grimper sur son mât. Il s’agit du navigateur espagnol Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) qui navigue depuis 36 heures sans grand-voile et doit absolument réparer. Par bonheur, une grande majorité de la flotte (tous sauf Team Plastique, Energa et Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets) est sortie de cette vaste dépression orageuse. Sous spi, à 380 milles au nord du Cap Vert, la régate océanique a repris ses droits. Et elle est torride entre les 11 bateaux de tête !

 

Le Cléac'h aux commandes

 

Jeudi soir, après que François Gabart (Macif) ait été ralenti plusieurs heures au large des Canaries, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) a pris les commandes de la course. Dauphin de Michel Desjoyeaux il y a quatre ans, le Finistérien ne s’était jamais retrouvé dans la peau du leader du Vendée Globe. C’est lui désormais qui imprime la cadence dans cette course-poursuite au portant avec François Gabart (Macif) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat). Même combat entre leurs poursuivants directs Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), Vincent Riou (PRB), Alex Thomson (Hugo Boss), et Jérémie Beyou (Maître CoQ). 200 milles à l’est de ce groupe, Mike Golding (Gamesa) et Jean Le Cam (SynerCiel) sont eux aussi en plein duel. Ce top 11 (dont font partie Dominique Wavre et Arnaud Boissières) vient de traverser une étroite zone anticyclonique. Les premiers ont empanné à la mi-journée pour profiter d’un flux de nord-est d’une quinzaine de nœuds. Quoi qu’il en soit, tout ce petit monde va glisser gentiment sous spi et affiner au fil des jours sa trajectoire vers le Pot au Noir.

 

LES VOIX DU LARGE

 

Samantha Davies (Savéol) : « Ça pourrait aller mieux. Je suis dégoûtée parce que mon Vendée Globe est fini mais je ne suis pas blessée. Donc ça va. Quand c’est arrivé, hier soir, je venais de passer le front, j’étais tribord amure. Au passage du front, il y avait quasiment pas de vent. C’était hyper dur, il y avait des moments où il y avait 30 nœuds, d’autres où il y avait 5 nœuds. Ça commençait à s’établir, j’avais entre 25 et 30 nœuds. J’étais sous ORC et deux ris. Un peu sous toilée, mais comme depuis le début, je ne voulais pas prendre de risques. J’étais au largue et le problème c’est qu’il y avait beaucoup de mer. Le bateau sautait entre les vagues. Et puis j’ai eu un premier grain à 40 nœuds. J’ai abattu pour ne pas taper dans les vagues. J’étais en train de préparer mon ciré pour aller prendre le 3e ris. Prête à sortir. Le bateau s’est pris une vague et j’ai entendu le choc. J’ai tout de suite compris. C’était compliqué cette nuit car il y avait beaucoup de mer, le mât tapait sur le bateau, la bôme sur le pont. Un winch sur le mât était en train de faire des trous sur le pont. Je voulais attendre le jour pour être plus en sécurité pour dégager le mât mais finalement, j’ai tout coupé. Le bon côté de cette infortune c’est que ça aurait pu arriver dans des endroits beaucoup plus hostiles et plus difficiles à gérer. Là, je suis à 100 milles, au vent de Madère. J’ai du gasoil, j’ai le moteur et je fais route vers Madère. Il faut surmonter ça, trouver le prochain défi et de renaviguer très vite ».

 

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : « « C’est une triste nouvelle Heureusement, Samantha n’a pas été blessée dans ce démâtage. Elle avait monté un très beau projet avec un bateau qui connaissait la route. Samantha est une figure emblématique du Vendée Globe : c’est vraiment très dommage et je lui souhaite bon vent pour la suite. Tout comme pour Louis Burton : il a été très courageux dans ce coup du sort incroyable au milieu de l’océan. Nous ne sommes plus que seize sur l’eau : les conditions de course ont été dures ces premiers jours. C’est aussi ça le Vendée Globe : il faut durer, il faut arriver aux Sables d’Olonne avant tout. Depuis le début, on était assez proche avec Bernard (Stamm), avec François (Gabart) un peu devant. Hier soir, il est tombé dans une zone avec moins de vent, on a pu se rapprocher et j’ai réussi à passer devant. Je suis la meilleure route, je prends soin du bateau, c’est un plaisir. C’est la première fois que ça m’arrive d’être en tête d’un Vendée Globe donc ça fait plaisir pour moi et pour toute l’équipe qui a travaillé sur le bateau. Maintenant la route est très longue et les camarades ne sont pas très loin derrière. Hier j’ai croisé un cata qui m’a demandé si les conditions étaient bonnes. C’était sympa ».

 

Alex Thomson (Hugo Boss) : « Quelle mauvaise nouvelle le démâtage de Sam la nuit dernière. Je suis heureux qu’elle soit en bonne santé. C’est une belle piqûre de rappel pour nous. Il faut vraiment être très vigilant. Je suis de nouveau fatigué aujourd’hui. Le fait d’avoir à la fois un vent faible et changeant m’a empêché de me reposer car j’ai dû changer de voiles toute la nuit. Je pensais que je ralentissais par rapport au reste de la flotte et j’étais sûr que je perdrais ma 4ème place ce matin. C’était donc très motivant de voir que j’avais réussi à m’accrocher à cette place pendant la nuit. Les autres ont aussi du avoir une soirée compliquée. Après la vitesse d’hier (qui m’a permis de voir l’un des arcs-en-ciel les plus clair de ma vie), aujourd’hui risque d’être une journée plus lente, mais les alizées commencent à arriver. Vu que les conditions sont un peu plus calmes, je vais en profiter pour vérifier l’état du bateau ».

 

Marc Guillemot (Safran) : « Mon bateau est à notre base à Saint-Philibert, à côté de la Trinité. Depuis avant-hier, il est démâté et rangé dans son chantier. A partir de lundi, des experts vont commencer une étude approfondie sur cette rupture de quille. Réponse dans 10-15 jours. Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas un mois plus tôt ? Ou un mois plus tard - ce qui aurait été plutôt dramatique d’ailleurs ? Ce sont les questions auxquelles on va essayer de répondre. Là, on est plutôt en train de construire une nouvelle saison pour 2013. Il y a la Jacques Vabre. Toute l’équipe est mobilisée pour avancer même si la digestion va prendre un peu de temps mais ça ne va pas nous empêcher d’avancer. Pour moi, maintenant, c’est un peu de vacances, pendant dix jours, pour évacuer tout ça et refaire le plein d’énergie ».

 

Jérémie Beyou (Maître CoQ) : « On va gérer chaque jour de course l’un après l’autre… Tant qu’on est en course, tout va bien ! Je pense d’ailleurs très fort à tous ceux qui ont été contraints à l’abandon, c’est vraiment triste. Il y a beaucoup de grains, il faut régler en permanence. ça fait deux jours que ça dure, c’est un peu usant... mais ça a l’air de se régulariser. J’ai sorti tous les vêtements mouillés sur le pont, même s’il fait gris, avec la chaleur (22° au lever du jour) ça va sécher. Tout à l’heure, j’irai faire un tour d’inspection du bateau et bricoler un peu ».

 

Kito de Pavant (Groupe Bel) : « La déception ne s’estompe pas, l’hiver va être long pour Marc, Sam, Louis et moi. Ça va être des moments difficiles. A Cascais, nous étions dans l’action pour sécuriser le mât. On a démâté, on a protégé tout le matériel qu’on a mis à l’abri. Il reste le bateau à réparer. Le plus important c’est que les marins et les bateaux soient en sécurité quelque part. Le reste n’est pas très important. Là, on y retourne la semaine prochaine avec des architectes et des experts pour estimer les dégâts. Ce week-end, je vais aller voir ma petite mère. Elle avait un ulcère et maintenant, elle va beaucoup mieux (rires). Tous vos messages font chauds au cœur. Merci à tous ! ».

 

Dominique Wavre (Mirabaud) : « Ça bouge pas mal. C’est assez sportif. Petit à petit, la mer s’arrondit et actuellement ça glisse tout seul. Il commence à faire beau, c’est un vrai bonheur et c’est de la navigation facile. C’est un vrai bonheur, le bateau a arrêté de taper. Ça fait du bien, c’est comme de la récupération après une épreuve. Il y a des places à prendre. Avec Golding et Le Cam, on va commencer l’empannage. Ça fait plaisir d’être dans le bon peloton après les difficultés du début. (A propos des abandons) Je suis extrêmement désolé pour eux. C’est l’infortune de mer et quand ça arrive au début du Vendée, c’est vraiment terrible. Kito, je vais faire le max pour être le représentant des gens du Sud. Je suis de tout cœur avec Sam et Louis que j’ai appelé par téléphone pour m’assurer qu’elle était en sécurité et lui pour l’encourager ».

 

Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) : « Je suis bien triste d’apprendre que Sam a cassé son mât. Moi ça va, ça mouille un peu mais la mer est de plus en plus belle. La mer était dure du coup j’essayais de m’adapter plus à la mer qu’au vent. Mais là ça glisse à nouveau et il y a un petit rayon de soleil. C’est sûr qu’hier après-midi, quand tu es enfermé dans le bateau et que tu sors voir l’état de la mer tu te dis « aïe, aïe, aïe ! ». Aujourd’hui, j’ai peur qu’il y ait une terrible manœuvre à faire, je vais essayer de me reposer ».

 

Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : « Hier fut une journée des plus distrayante, avec la préparation de tout le matériel nécessaire à la montée dans le mât d'aujourd'hui, à l'abri des Îles Canaries. J'ai juste besoin d'un coin sans vague pendant quelques heures et je pense pouvoir revenir à 100%. J'ai réussi à bien dormir pendant presque deux heures d'affilée...Quel luxe ! Ici le temps ressemble à celui de l'océan Indien du Sud. Ça me fait bizarre de voir cet oiseau rouge et blanc (ndlr : son bateau) avec une seule aile, mais il retrouvera sa deuxième très rapidement. Encore un peu de temps et je pourrai refaire cap vers le Sud avec un rendement maximum ».

 

Mike Golding (Gamesa) : « Ça reste d’être une longue journée sportive aujourd’hui. Nous sommes dans le Pot au Noir… enfin pas tout à fait… mais on s’y croyait. Il y a eu des gros changements de direction de vent, parfois d’intensité et la pluie commence à me tomber dessus. Je ne sais pas où ça va me mener. La bonne nouvelle, je pense, c’est que je ne me suis pas arrêté mais j’ai dû naviguer contre le vent. Je préférais me trouver au même endroit que les autres. L’ordinateur indiquait que la brise allait me porter mais au lieu de ça je me suis retrouvé face au vent. C’est un peu frustrant. J’ai eu un petit problème avec mes drisses un peu plus tôt lorsque j’ai levé le genoa. Il ne s’est pas bloqué correctement. J’ai quelques brûlures de corde sur les mains. On dirait que j’avance par étape, en dent de scie je dirai. Je vais essayer de me diriger vers l’ouest aujourd’hui mais je pense que je serai coincé dans le peu de vent que j’ai la majeure partie du temps. C’est un peu frustrant. Je suis désolé pour Sam qui a démâté la nuit dernière. Est-ce qu’elle va bien ? Elle était dans au pire endroit au mauvais moment. Elle va nous manquer ».

 

Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) : « Le sixième jour de navigation commence. Mis à part le fait que depuis hier l'hydrogénérateur est en panne, pour le reste tout vas bien à bord. J'ai passé, il y a quelques heures, la partie plus délicate de la basse pression dont le centre ce matin était situé à environ 400 milles des côtes du Portugal. La navigation, pour attendre le centre de la dépression, ralenti par une mer croisée et des vent très variables entre 8 et 30 nœuds, d'ici la nécessité de manœuvrer pratiquement en continu pour adapter les bonnes voiles aux conditions de vent et d'état de la mer. La remontée d'hier vers le centre de la dépression a été la phase plus délicate avec houle formée de face. Les jours précédents mais maintenant aussi il y a eu un trafic de cargo et bateaux de pêche important, d'ici la difficulté à prendre un vrai repos. Ma pharyngite évolue positivement, aujourd'hui je vais arrêter les antibiotiques. Si demain le problème d'hydrogénérateur n’est pas résolu, je vais probablement mettre en place l'éolienne car les nuages empêchent une charge suffisante des batteries. J'ai écrit un message à la Direction de course et à Samantha en disant que j'étais là si nécessaire (je suis à environ 100 milles de Savéol) ».

 

Tanguy de Lamotte (Initiatives-Coeur) : « Il faut reprendre des forces après ces 36 heures éprouvantes... Je m'en sors bien mais je pense beaucoup à Sam. On était dans les mêmes conditions de navigation la nuit dernière et ça a dû être très dur pour elle. Ce matin, c'est un dès matin pour lesquels on fait du bateau à voile. Pour voyager et faire des courses : la mer est formée mais belle, le vent est soutenu mais gérable et j'avance vite, dans la bonne direction avec un ciel nuageux mais avec du soleil... J'ai fait un peu de rangement, une petite fuite de gasoil vient gâcher un peu le tableau, mais rien de grave...Et je reprends des forces ! Pas facile de faire le zest en un coup dans un bateau qui bouge comme ça mais voici la preuve que c'est faisable ! Bonne journée à tous et continuez à cliquer, on vient de passer les 24 000 fans donc 2 enfants seront opérés. Merci, merci ! ».

 

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Je suis vraiment désolée pour Sam et pour Louis, contraints d'abandonner. Ce début de course a été cruel. C'est difficile d'encaisser des nouvelles comme cela, lorsque l'on connaît l'implication que les skippers, leurs équipes et les sponsors mettent dans leur projet. Je suis de tout cœur avec Marco, Kito, Louis et Sam. Il s'est passé quelque chose de surprenant à bord de Virbac-Paprec. Jeudi en fin de journée. J'étais en train d'amener le sac du genois à l'avant sur le pont lorsque je me suis retrouvé nez à nez avec un dauphin qui arrivait vers moi, il a plongé sous le bateau. Tout d'un coup, j'ai senti un choc assez mou. L'animal a dû percuter la quille, j'espère qu'il n'est pas trop blessé ! ».

 

CLASSEMENT

 

Positions du 16/11 à 16 heures : 1.Armel Le Cléac´h (Banque Populaire) à 22 368 milles de la ligne d’arrivée; 2.François Gabart (Macif) à 20,8 milles du leader; 3.Berrnard Stamm (Cheminées-Poujoulat) à 24,3 m; 4.Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) à 81,8 m: 5.Vincent Riou (PRB) à 88,9 m; 6.Alex Thomson (Hugo Boss) à 93 m; 7.Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 108,8 m; 8.Mike Golding (Gamesa) à 128,9 m; 9.Jean Le Cam (SynerCiel) à 140,8 m; 10.Dominique Wavre (Mirabaud) à 161,7 m; 11.Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) à 206,7 m; 12.Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) à 358,7 m; 13.Tanguy de Lamotte (Initiatives-coeur) à 458,9 m; 14.Bertrand De Broc (Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets); à 530,4 m; 15.Zbigniew Gutkowski (Energa) à 616,4 m; 16.Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) à 709,3 m. Abandons : Marc Guillemot (Safran); Kito de Pavant (Groupe Bel); Samantha Davies (Savéol); Louis Burton (Bureau Vallée).
 



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