Vendée Globe
Au cœur de la course

Mike Golding : « Nous restons des hommes-orchestres»

Le Britannique, qui dispute son quatrième et dernier Vendée Globe, aurait aimé que la course au large en solitaire regagne ses lettres de noblesse en Grande-Bretagne. Propos recueillis par Laurence Schreiner


La Chaîne Météo

Figaro Nautisme.- Votre quatrième participation peut-être celle de la victoire?

Mike Golding.- C'est difficile de faire des prédictions sur le Vendée Globe. Si je parviens à finir la course à une bonne position, j'aurais bien navigué. Lors des deux dernières éditions, j'ai vécu des choses différentes (3e en 2005 et abandon sur démâtage en 2009) mais j'ai souvent été dans le bon paquet en tête de la flotte. Sur cette édition, je peux imaginer la même chose mais il y a énormément de bons couples bateau-skipper. Je prends le départ avec un bateau de l'ancienne génération (son ancien Ecover 3, mis à l'eau en 2007), celle de Safran et d'autres, qui ont été bien optimisés. Puis il y a les bateaux neufs avec des skippers expérimentés, mais la question reste de savoir quelle sera leur fiabilité sur le tour du monde.

 

Pensez-vous que le rythme de la course sera élevé?

En 2008, il fut très élevé. Avec autant de bons bateaux regroupés, comme ce fut le cas, vous ne pouvez pas moduler le tempo car il y en aura toujours quelques uns pour l'imposer. C'est à ce moment là qu'il ne faut pas paniquer, car nous avons tous des bateaux aux caractéristiques différentes suivant les conditions météos. Et vous devez réfléchir à ceux que vous pouvez ou ne pouvez pas laisser partir devant...

 

En 2005, vous étiez très proche de la victoire. Peut-on avoir des regrets avec le recul?

Non. J'ai fait une erreur en 2003 quand j'ai choisi de mauvais matériaux. Je suis convaincu que si ma drisse de grand voile n'avait pas cassé en remontant l'Atlantique, j'aurais gagné la course. Quand j'ai dépassé Vincent Riou, la seule chose qui m'a empêché de filer devant, c'est ce problème. J'ai réparé, j'ai repris la tête deux fois mais j'étais épuisé de devoir grimper à chaque fois en haut du mât. Et en 2008, j'ai démâté alors que j'étais en tête. Pour moi, mener la flotte en milieu de course n'est pas bon signe!

 

Vous êtes trois skippers britanniques, aucun n'a de sponsor anglais. Après le succès de Mark Cavendish sur le Tour de France et celui des Jeux de Londres, pensez-vous pouvoir profiter de l'engouement autour du sport britannique?

Pas vraiment. J'ai essayé toute ma carrière de faire avancer les choses mais c'est très lent. La division culturelle est réelle entre la Grande-Bretagne et la France dans ce domaine. Nous, nous avions Sir Alec Rose et Sir Francis Chichester et vous, vous aviez Eric Tabarly. Mais nous, nous n'avons jamais renoué après une longue coupure dans la course en solitaire. La division est profonde. En France, vous avez des écoles de voile, une culture tournée vers l'apprentissage et en Grande-Bretagne, on a des yachts clubs, une culture tournée vers l'argent. C'est pourquoi, il est très difficile de trouver des partenariats.

 

Sir Keith Mills, l'ancien vice-président des JO de Londres, va collaborer avec la classe Imoca pour développer la classe à l'international. Peut-il changer les choses?

C'est possible. Mais, pour moi, nous ne sommes pas en mesure de contrôler les changements dont nous aurions besoin. Il y a de grandes discussions en France sur l'internationalisation du Vendée Globe, de la classe. Il y a beaucoup de discussions mais rien n'en sort. Il y a des raisons à cela. Quand vous regardez les pontons des Sables, la majorité des bateaux et des sponsors sont français. L'Imoca est une démocratie et c'est normal qu'elle aille dans leur sens. Et quand on regarde l'affluence sur les pontons, c'est un succès. Avons-nous besoin d'une internationalisation? Je le pense. Tôt ou tard, un événement a besoin de se développer, sous peine de se recroqueviller et mourir à petit feu. Le risque existe.

 

Tout cela vous laisse-t-il un sentiment de frustration?

J'avais monté ma propre structure pour développer la voile en solitaire au Royaume-Uni. Elle avait connu son succès mais pas autant que je l'aurais souhaité. Quand j'étais adolescent, il y avait plus de passion. Il y a eu des progrès, mais je croyais qu'en dix ans, nous pourrions nous approcher des pilotes de Formule 1. Alors que nous nous en éloignons! Nous restons des «One-man's band», des hommes-orchestres! On se déploie pour pêcher des sponsors, travailler avec les architectes, gérer son équipe, naviguer... c'est fou! Pour être honnête, j'aime ça. Je suis frustré mais seulement pour la prochaine génération de marins. Je crains que cela soit toujours aussi dur.

 

Diriez-vous aujourd'hui, avant le départ de votre quatrième participation, que c'est votre dernier Vendée Globe?

Oui. Si vous me revoyez sur un Imoca 60 pieds après cette course, tirez-moi dessus! Je resterai en contact avec le milieu. J'ai une réputation en Angleterre et si cela peut aider pour mettre en contact des gens, cela m'intéresse. En 2008, je me sentais si bien sur la course mais si mal d'en être sorti par ce démâtage, qui n'aurait jamais dû se produire. C'est pourquoi je suis reparti. Mais il y a une limité au nombre de participations où vous êtes capables de rivaliser dans la course. 2016, cela me paraît très loin.



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