Vendée Globe
Au cœur de la course

Riou-Le Cam: Destins croisés

TÉMOINS : Vainqueur et dauphin en 2005, sauveteur et naufragé en 2009, Vincent Riou et Jean Le Cam ont vécu les deux versants de l'Everest des mers, la régate sportive et l'aventure proche du drame. Amis à terre, ils repartent concurrents sur cette 7e édition. Propos recuillis par Laurence Schreiner.


LE CAM ET RIOU aux Sables d'Olonne POUR LA VENDEE GLOBE DE 2012 / La Chaîne Météo - Le Cam et Riou aux Sables-d'Olonne pour le Vendée Globe 2012

La voile et les bateaux, le bon vin et le bien-vivre sont autant de domaines que ­Vincent Riou, 40 ans, et Jean Le Cam, 53 ans, aiment à partager. Cette amitié s'est nouée autour du Vendée Globe lors de moments dont ils n'évoquent que les faits de mer, avec cette pudeur propre aux marins. En 2005, l'ancien avait renommé son meilleur adversaire «Vincent le terrible». Le Cam, déjà intronisé «Roi Jean», était alors le «Taulier» pour le jeune Riou. En 2009, aucun des deux n'atteignit le royaume vendéen. Chaviré au large du cap Horn, Jean a été récupéré par ­Vincent, sauvetage dans lequel il perdit son mât. Difficile de croire en des destins aussi mêlés autour du monde.



Figaro Nautisme - Vos expériences ne résument-elles pas cette course?

Vincent RIOU. - Le Vendée Globe, on peut le courir plusieurs fois, on ne vit jamais la même chose.

Jean LE CAM. - Et il va s'en passer encore des choses...

V. R. - Le système veut ça, cette alchimie complexe qui fait qu'une bande de bonhommes tous aussi azimutés les uns que les autres décide de faire le tour du monde sans s'arrêter, en essayant de finir devant! Aujourd'hui, les gens banalisent un peu mais c'est un truc de dingue... Là, il y aura encore des histoires, autres que celles déjà balayées par l'histoire.

 

Sur cette édition, l'humilité semble être de mise par rapport à 2008.

J. L. C.- Personne ne peut faire le malin. Si quelqu'un dit qu'il va gagner le Vendée Globe... Il y a une chose qu'on sait quand on part, c'est qu'on ne sait rien. Ça ne sert à rien de prévoir trop, parce que cela ne se passe jamais comme tu prévois.

 

Comment prépare-t-on alors au mieux «l'inconnu»?

J. L. C. -Il faut avoir le minimum de soucis techniques. On essaie d'optimiser, de fiabiliser, de connaître le mieux possible son bateau.

V. R. -Autonomie reste le maître mot. Des pépins, tu en auras et de toutes sortes. Si tu n'as pas besoin des autres pour commencer à réfléchir et gérer les problèmes, tu es forcément plus fort.

 

2004 : «PACTE DE NON-AGRESSION»

 

L'édition 2004 a été celle de la «régate planétaire». Racontez-nous votre lutte?

J.  L.  C. -On était en tête et dans l'Atlantique Sud, une dorsale a fait le ménage. Là, on s'est barré grave! Après, il ne faut pas être stupide, et faire un pacte de non-agression. Dans le Sud, le risque est de casser. À deux, cela peut se faire. À trois, il y en a déjà un de trop. En Nouvelle-Zélande, on était ensemble. Tellement même, qu'on a dû appeler la direction de course...

V. R. -On était bord à bord, dans une brume à couper au couteau. Et en panne de radar! Mais elle a refusé de nous donner plus d'info.

J. L. C. - On s'est appelés. C'aurait été ballot d'entrer en collision.

V. R. -Puis, on a rencontré un champ d'icebergs, juste quand il fallait plonger sud pour passer sous une dorsale. Jean y est allé, moi j'ai refusé l'obstacle! Je l'ai laissé filer.

J. L. C. -J'étais déjà bien engagé... Bon, la première nuit, je n'ai pas dormi. Je voyais des ombres à droite, à gauche.

V. R. - J'ai vu aussi des growlers de près. Tu sors dans la nuit et le ciel s'assombrit, il fait 5 °C de moins, c'est le vent du bloc de glace. Et tu ne vois rien...

J. L. C. -J'avais 150 milles d'avance sur Vincent au cap Horn. Où je me suis retrouvé à 2 noeuds, quand lui arrivait à 17 noeuds. Et le Golding qui remontait comme un malade...

V. R. - Une nuit, je l'ai vu passer, Mike. J'étais désespéré. Six heures après, il était derrière au classement, sa drisse de grand-voile avait cassé...

 

Se réjouit-on parfois des mésaventures des concurrents?

V. R. -Si Mike n'avait pas cassé, l'affaire aurait été chaude! Et il a perdu sa quille à 24 h de l'arrivée. Il y a eu un suspense terrible, on aurait pu être à trois en sept heures. On a fini à deux, ça nous a facilité un peu la vie.


2008 «ON A FAIT DES SCÉNARIOS  DE DINGUE AVEC LES CHILIENS»

 
Lors de l'édition 2008-2009, le chavirage aurait pu tourner au drame...

J. L. C. -C'est sûr, le truc pour sortir de la coque, il fallait que rien n'accroche. J'avais bien préparé mon coup. C'est une question de maîtrise de soi. Si le mec commence à paniquer dans le quart d'heure qui suit le chavirage, poupoupou...

V. R. -Le risque est que le mec, avec l'arrière du bateau s'enfonçant, cherche à sortir. Tout seul, dehors, il n'a aucune chance. En général, dans ton bateau, tu n'es pas si mal que ça !

 

Comment avez-vous appris le chavirage de Jean?

J. L. C. - Nous étions au téléphone quand j'ai chaviré.

V. R. - Et après le téléphone ne marchait plus... Heureusement, il avait eu le temps d'appeler la terre. On a fait des scénarios de dingue avec les Chiliens.

J. L. C. -Ah oui?

V. R. - Ils disaient qu'ils seraient là dans 24 heures. Mais ça caillait ici bas, l'eau était à 4 °C. Dans 24 heures, je ne savais pas s'il y aurait quelque chose à récupérer. Alors, ils voulaient faire décoller un hélicoptère qui avait juste assez de carburant depuis l'île Horn pour faire l'aller jusqu'au pétrolier qui nous avait balisé l'épave. Mais pas le retour. Des plongeurs auraient été hélitreuillés et avec Armel (Le Cléac'h, également détourné), on s'était engagés à les récupérer. On restait en stand-by jusqu'à ce que le porte-hélicoptères arrive sur zone... Quand j'ai annoncé que j'avais récupéré Jean, ça a désamorcé une opération complètement dingo!

 

Vous souvenez-vous des premiers mots échangés?

J. L. C. -J'étais comme un maquereau, en fait! (rires)

V. R. -On était contents. C'est tout.

J. L. C.-C'est une belle aventure, un moment pas anodin.

V. R. -Déjà un Vendée Globe, c'est une tranche de vie. Mais là...



2012 QUEL SCÉNARIO POUR L'ACTE 3 ?


Quelle peut être la suite?

V. R. -L'histoire s'écrira toute seule! On aime ce qui est simple et authentique.

J. L. C.-C'est sûr que ça ­rapproche.

 

Vincent, vous êtes le seul à pouvoir rejoindre Michel Desjoyeaux comme double vainqueur...

V. R. - Je ne vais pas faire mon «M. Plus». Je veux juste bien vivre ce Vendée Globe qui peut être un bon moment de mer ou une vraie galère. Vivre une belle course voudra dire que je m'amuse, que je régate. Gagner, c'est encore autre chose. Ma victoire en 2005 reste une exception dans le système. Si tu y vas le couteau entre les dents, t'as des chances d'être déçu.

J. L. C.-(Rires) Ça, c'est l'expérience!

V. R. - Tu apprends à mettre les objectifs ailleurs. Quand mon bateau va bien, que je vais bien, je suis devant. Je prends donc le problème dans l'autre sens.

J. L. C.-Ce qu'il dit est très bien. Il faut essayer de ne pas oublier l'essentiel.



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