Vendée Globe
Au cœur de la course

Jérémie Beyou, pour enfin savourer

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PORTRAIT : Il remet le couvert après quatre années de reconstruction personnelle. Avec l’envie qu’il dégage et une maturité enfin installée, Jérémie Beyou (Maître CoQ) sera l’un des hommes à surveiller.


Jérémie Beyou. Crédits photo : Yvan Zedda

La baie de Morlaix a été son préau d’école du vent. Nicolas Troussel ou Armel Le Cléac’h, ses jumeaux d’amures. Comme ces forts du Taureau, Jérémie Beyou y a creusé ses futurs sillages. Comme eux, il a écrit son nom par deux fois sur les tablettes de la Solitaire du Figaro. Mais la route est souvent longue, ingrate quand on glisse sur la toile cirée bleutée. Il y eu en effet autant de moments de pur bonheur que d’amères expériences pour ce Breton de 36 ans. Sur sa première aventure en 60 pieds, deux problèmes de gréement sont venus hélas plomber ses dents longues et l’histoire qu’il partageait avec son sponsor fidèle, Delta Dore. Barcelona World Race et Vendée Globe tournant en eau de boudin, le retour de barre il y a quatre ans était dur à avaler. Plonger le regard au fond des bottes ou élargir les épaules du ciré, Jérémie Beyou a fort heureusement tranché : « Dans l’échec, tu peux évoquer la malchance, des fournisseurs défaillants. Après analyse, tu sais que c’est toi qui as fait les choix. C’est à toi d’assumer sans partage avec l’équipe et ton entourage. J’ai appris aussi qu’il fallait plus de réflexion, de temps et d’exigence ».


Saisons salvatrices


Rebondir devient donc un impératif catégorique, quel que soit le support, ne serait-ce que pour ses proches : « Je n’ai jamais baissé les bras définitivement. J’ai toujours eu la force de me rebotter le cul. Il y a quatre ans, j’ai pensé que revenir en Figaro ou équipier sur d’autres bateaux ne faisait pas de moi un moins bon marin. Il y a eu la saison avec Michel Desjoyeaux, le passage sur le maxi Banque Populaire, la Solitaire que je gagne pour la deuxième fois l’an dernier ou la victoire avec Jean-Pierre Dick sur la Jacques Vabre 2011. Tout cela a été salvateur », explique-t-il non sans une certaine fierté.
Le voici donc à nouveau sur la ligne de départ dans les eaux sablaises. Avec en doublure de ciré le costume d’un entrepreneur : « J’ai décidé de prendre plus de risques à ma charge. Avec ma petite entreprise, nous avons acheté le bateau. C’est quelque chose d’ambitieux mais j’en assume les risques. Avec Maître CoQ, nous sommes sur un contrat s’achevant à la fin du Vendée, en souhaitant que cela va continuer derrière. Le montage est hyper blindé. Cela ne va pas conditionner ma façon de faire sur l’eau. A un moment, il faut un comportement raisonnable ne serait-ce que pour aller au bout. Les mésaventures d’il y a quatre ans (11 sur 30 classés.ndlr) devrait faire réfléchir ».


Aventure raisonnable


A la barre du 60 pieds vainqueur de la dernière édition avec comme timonier Michel Desjoyeaux, Jérémie Beyou se sent bien et partira avec le secret espoir de faire une belle course : « Il n’est pas moins rapide qu’en 2008. Même si parfois on est toujours dans le domaine de l’approximation, le niveau de préparation a largement augmenté par rapport à la dernière édition. Avec du recul, nous sommes allés droit à l’essentiel. Le mât est neuf. Il est vrai que les bateaux sont plus durs, contraignants, rustiques et casse-gueule, mais c’est l’évolution de la course. Et face aux nouveaux bateaux, elle reste pour moi ouverte ».
Il suffira inconsciemment d’évaluer le niveau des curseurs. « Je pense que personne ne sait quel rythme il va imprimer pendant trois mois. Tout le monde a des doutes face aux circonstances, même celui qui est devant. Les limites dépendent de tellement de choses. J’estime être quelqu’un de raisonnable dans des situations que j’ai déjà vécues. Après, sur un Vendée Globe, tu peux les imaginer, les anticiper, mais les variables sont tellement nombreuses. Tu ne sais pas jusqu’à quel point tu vas les supporter. C’est ça notre aventure humaine », conclut Jérémie Beyou.
L’envie est là. Et comme Neptune favorise toujours les audacieux, il n’est pas improbable que le Léonard vole dans les plumes de certains furieux.
 



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