Panerai Transat Classique : Une course hors du temps

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Après 20 jours de mer, la Panerai Transat Classique 2012 a délivré son verdict. Avec un sans faute, White Dolphin emporte ce trophée et entre dans la légende de la voile classique. En prenant la deuxième place, The Blue Peter, lancé en 1930, signe une performance exceptionnelle.


Photo Christophe Varene

Un très beau vainqueur pour une très belle course. En franchissant la ligne le 22 décembre à 15h49 (heure locale), White Dolphin succède à Stiren, vainqueur de l’édition 2008, et écrit un chapitre de plus dans la légende de la Panerai Transat Classique, en réalisant le score parfait : premier en temps réel et en temps compensé de l’étape Saint Tropez-Cascais, premier en temps réel et en temps compensé de l’étape-reine Cascais-La Barbade.

Ces victoires marquent bien sûr la qualité du magnifique dessin de ce ketch construit en 1967, au chantier Beltrami et terminé au chantier Sangermani, en Italie, mais aussi la compétence, la ténacité et l’enthousiasme de son équipage. Autour de Pascal Stefani, le propriétaire, et de Yann Delplace, le skipper, Fred, Nicolas, Jean-Fabrice, Arnaud et Jordan ont démontré un bel esprit de solidarité et d’ingéniosité pour affronter les problèmes qui ont émaillé leur parcours - pannes de moteur et de générateur, spi déchiré, arrachement du rail de vit de mulet (pièce métallique qui tient la bôme sur le mât, ndlr) -, mais aussi partager de bons moments, avec des quarts de nuit magiques, des longs surfs endiablés, des couchers de soleil somptueux… Pascal Stefani tient surtout à remarquer l’exigence de cette course exceptionnelle : « Nous avons tout le temps été dans la course, d’abord pour revenir sur The Blue Peter et ensuite essayer de préserver notre avance, mais aussi pour contrer les attaques de Corto et Persephone, toujours très dangereux en temps compensé. Notre meilleure option a été de descendre directement au Sud, par l’Est des Canaries : nous y avons trouvé du vent quand nos adversaires luttaient dans des petits airs. Mais ce n’était pas gagné à ce moment, il restait beaucoup de route à faire. »

Pour accueillir un tel vainqueur, il fallait une ambiance chaleureuse et la population de La Barbade a répondu présente. Lorsque White Dolphin s’est présenté devant le pont levant de l’Inner Basin, au cœur de Bridgetown, la capitale de l’île, des milliers de spectateurs l’ont acclamé, avant que l’équipage ne soit présenté par le Ministre du Tourisme en personne. Aujourd’hui, les marins, un peu fatigués par leur première nuit à terre, mais heureux, vont rencontrer les écoliers d’une classe de primaire qui les ont soutenus toute la traversée par des échanges de messages.

Dimanche matin, à 9h29 (heure locale) dans une belle brise, sous génois, trinquette et grand voile à un ris, The Blue Peter franchisait à son tour la ligne d’arrivée. Le doyen de la course, fort de ses 82 ans, signe là une remarquable performance, petit message adressé à ceux qui croient que ces « commodes Louis XV », comme on les appelle parfois, sont incapables de se livrer à fond, et de traverser un océan en course. Autour de Sabine Masquelier, fédératrice de ce beau projet, Mathew Barker, le propriétaire, et Emmanuel Fontaine, le navigateur, ont rassemblé un bel équipage européen (anglais, français, italien et espagnol) de marins bien connus du circuit méditerranéen : Laurence, Paola, Rémi, Alejandro et Simon. Cette deuxième place, ils ont été la chercher, sans jamais lâcher à leurs adversaires. Et si le bateau n’arborait pas le pavillon Panerai Transat Classique lors de son entrée dans le port, c’est que celui-ci avait servi à faire des pièces pour réparer… un spi explosé.

Pour la troisième marche du podium, la lutte reste incertaine et les prétendants sont nombreux, à commencer par Corto, magnifique plan Carter de 1970. Ce redoutable concurrent, propriété d’Hacène Abbar, est emmené par Bruno Jourdren, navigateur médaillé olympique au palmarès éloquent dans différentes séries, du 40 pied au Melges 24, en passant par les 60 pieds IMOCA, avec de jeunes marins comme Romain Bouchet et Damien Cloarec, spécialisés en Mini 6,50 et Figaro.

À quelques heures de leur arrivée, ils tiennent la dragée haute à Persephone, le Tina d’Yves Lambert qui compte à son bord Pierre Follenfant, navigateur détenteur de nombreuses victoires en courses océaniques sur les multicoques Charente Maritime I et II. La Panerai Transat Classique démontre ainsi, s’il en était encore besoin, toute son exigence et sa quête de performance. Ces « vieilles dames », surnom donné à ces magnifiques voiliers, n’ont pas fini de nous étonner et de nous faire rêver.

Pascal Stefani, propriétaire de White Dolphin
« La Panerai Transat Classique 2012 restera un moment exceptionnel. Jusqu’au dernier moment, la course a été très disputée et nous n’avons pas arrêté de peaufiner les réglages. Mais tout n’a pas été facile, avec beaucoup de casse de matériel – et pourtant, nous nous étions promis, avec Yann Delplace, le skipper, de ne pas trop pousser le bateau. Frédéric Thouard a été notre McGyver à bord et, parmi toutes les belles images de mer, de couchers de soleil, de surfs, de nuits étoilées, je garde son image, en short et torse nu, avec son casque de soudure pour réparer le rail du vit de mulet (pièce tenant la bôme sur le mât, ndlr). L’ambiance est restée excellente, l’équipage étant uni autour d’un même but, faire avancer au mieux White Dolphin. Nous sommes vraiment heureux d’avoir passé cette ligne en premiers. »

Emmanuel Fontaine, navigateur de The Blue Peter
« The Blue Peter, malgré ses 82 ans, est un bateau incroyable et très complet : à l’aise dans les petits airs, il se comporte très bien dans le mauvais temps et la mer formée. Nous avons pris un départ extraordinaire à Cascais, en creusant tout de suite le trou avec nos concurrents, mais nous avons ensuite eu beaucoup de soucis avec nos voiles. Nous avons déchiré un génois, plusieurs fois le spi et nous avons tout essayé en techniques de couture avec Paola Cinquanta, jusqu’à découper les pavillons de Panerai pour en faire des pièces de réparation. Nous avons rencontré des conditions de mer difficiles, avec des houles croisées qui rendaient la vie à bord inconfortable. Après avoir essuyé deux grains violents, nous avons ensuite bien négocié notre navigation pour les éviter. Au bout de trois semaines, on se trouve en harmonie avec le bateau et l’on reconnaît le moindre de ses craquements. C’est vraiment une très belle course. »

Sabine Masquelier, fédératrice du projet The Blue Peter
« Je ne suis qu’une simple amatrice qui rêvait de faire un jour une transatlantique. Toutes mes navigations n’étaient jusque-là que du vagabondage. Avec Manu (Emmanuel Fontaine), j’ai découvert l’exigence de la navigation en course et beaucoup appris à son contact. Il est capable d’anticiper la façon de barrer de chacun et d’adapter sa navigation en fonction de cela. Je garde un souvenir formidable de la vie partagée avec cet équipage et aussi des moments intenses où l’on se retrouve seule à la barre de nuit : on se retrouve comme en dehors de soi, à regarder le bateau glisser sur l’eau. C’est extraordinaire. »
 



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