Au cœur de l'Institut de recherche sur les cétacés

Dimanche 14 avril 2013 à 08h29


Au bout d'un couloir, une porte sans nom dessus, un petit hall d'entrée avec une maquette de bateau et quelques photos de baleines pour seule décoration, et un panneau en pied "défense d'entrer". Bienvenue, si l'on peut dire, à l'Institut japonais de recherche sur les cétacés.


L'Institut ICR (Institute of Cetacean Research), au cœur de la controverse sur la "pêche scientifique" de baleines menée par le Japon, est installé à Tokyo au 5è étage d'un immeuble de briques blanches dans le quartier du plus grand marché aux poissons du monde: Tsukiji.


Au pied du bâtiment, une sorte de quai utilisé pour décharger des camions.


Après de vains coups de téléphone, emails et fax sans réponses, un journaliste de l'AFP s'est rendu à l'ICR. Dans l'entrée deux hommes surveillent les allées et venues."Que faites-vous là? Vous n'avez rien à faire ici, vous devez partir", lance l'un d'eux en anglais.


Le journaliste insiste, rappelant toutes les demandes d'interviews restées sans réponse. La non-réponse, lui explique-t-on, "ça veut dire non! Ça veut dire que nous ne sommes pas intéressés". Fermez le ban!


C'est à l'ICR qu'aboutissent théoriquement les baleines pêchées pour y être étudiées.
La Commission baleinière internationale (CBI) interdit toute pêche commerciale mais depuis des années le Japon continue à en harponner en vertu d'une tolérance de la CBI pour la chasse "scientifique", bien que la chair des animaux finisse dans des poissonneries et des restaurants.


Une tradition historique


C'est clair: à l'ICR, on n'aime pas trop les journalistes occidentaux comme en atteste le site internet de l'Institut, orné d'un logo représentant la queue d'une baleine en train de plonger et un aileron: les "anti-pêche" (à la baleine) ne représentent pas "l'opinion mondiale".


Pour l'Institut, les actions menées par Greenpeace ou Sea Shepherd s'apparentent ni plus ni moins à du "terrorisme", indique encore le site qui méticuleusement tient à jour la liste des "actions de harcèlement et de sabotage".


"Le but des recherches du Japon est scientifique, car c'est grâce à la science que, lorsque la pêche commerciale sera de nouveau autorisée, elle sera respectueuse du développement durable", affirme l'Institut.


Une chose est sûre: le Japon n'entend pas arrêter cette chasse "qui fait partie de notre culture", déclarait fin février le ministre de l'Agriculture et des Pêches.


"C'est une longue tradition historique. Le Japon est une île, alors prendre de bonnes protéines de l'océan est important pour l'alimentation. C'est très important pour la sécurité alimentaire", plaidait Yoshimasa Hayashi.


Le Japon affirme quant à lui qu'il est contraint de tuer les cétacés pour les étudier, "afin de recueillir des informations impossibles à obtenir par des moyens non létaux".


Evidemment à Greenpeace, on a l'ironie mordante: "si cet Institut n'a pas réussi à récolter des données suffisantes après avoir tué des milliers de baleines, c'est que c'est un échec de la science!", dit Junichi Sato, le directeur de Greenpeace Japon. "En tout cas ils n'ont plus aucun argument valable pour continuer", juge-t-il.


En février, une autre ONG "anti-pêche" avait affirmé que le programme baleinier japonais était largement subventionné par l'Etat, à hauteur de 10 millions de dollars par an, preuve que ce secteur est "mourant".


Pour le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), le produit de la vente de viande de baleine est loin de couvrir les frais d'entretien de la flotte baleinière et la campagne de pêche annuelle en Antarctique.
 


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