Navigation en eaux troubles en Chine

Lundi 11 mars 2013 à 15h07

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Les eaux tropicales de la mer de Chine du Sud sont parmi les plus disputées au monde, mais les pêcheurs chinois y promènent leurs filets en faisant fi des revendications de voisins asiatiques de plus en plus inquiets.


"C'est un peu dangereux...Mais dans les zones chinoises, on n'a pas peur, on est dans une mer qui nous appartient. Comment pourrions-nous être arrêtés ?", demande Liang Min, 29 ans, droit dans ses bottes en plastique jaune, depuis la salle des machines humide de son bateau.


Affirmation discutable et discutée dans plusieurs capitales d'Asie. Liang pourrait bien se retrouver entrainé malgré lui dans un incident international à l'occasion d'un de ses passages réguliers dans ces zones où les tensions s'exacerbent.


Pékin revendique un immense territoire maritime "historique" en mer de Chine méridionale. Le tracé figure sur une carte datant des années 1940: la "ligne à neuf pointillés", qui va jusqu'à frôler l'île de Bornéo, à plus de 1.000 kilomètres des côtes chinoises.
Vietnamiens, Philippins ou Indonésiens, les voisins de la Chine ont vu rouge l'an dernier en découvrant que ce tracé figurait désormais sur les nouveaux passeports chinois.


Et en ouvrant mardi la session annuelle du Parlement, le Premier ministre chinois sortant, Wen Jiabao, a bien souligné que Pékin entend "développer son économie maritime (...) et préserver ses droits et ses intérêts maritimes".


Pour Wang, patron-pêcheur à Tanmen, l'argument est simple: "Cette mer nous appartient, nos ancêtres y pêchaient". Proche de la retraite, il ramène tous les jours dans ses filets des cargaisons de poulpes, espadons et maquereaux dans ce port délabré mais très animé de la province insulaire de Hainan, qui abrite toute une flottille.


Ses propos font échos aux médias officiels chinois, qui répètent que les pêcheurs chinois naviguent dans cette mer depuis la dynastie Han, soit 200 ans avant Jésus-Christ.


Un tiers du commerce maritime mondial passe par la mer de Chine méridionale. Elle recèlerait aussi d'énormes réserves d'hydrocarbures.


Ces considérations stratégiques n'émeuvent guère les pêcheurs de Tanmen, qui convoitent surtout ses richesses halieutiques.
Si nombreuses au large des îles Paracels - disputées par le Vietnam, Taiwan et la Chine - que Liang raconte qu'il plonge la nuit avec son équipe pour attraper les poissons endormis dans les récifs coralliens.
Les îles Spratleys, autre ensemble de récifs et d'îlots, sont également disputées par ces trois pays, en plus des Philippines, de la Malaisie et du sultanat de Brunei.


"Il n'y a pas trop de monde après le poisson par ici, c'est plus facile", explique Guo, une femme entre deux âges qui parcourt l'archipel avec son mari sur son petit chalutier de 18 mètres, acheté grâce à un prêt auprès du gouvernement local.


"Ca peut faire peur quand il y a beaucoup de bateaux vietnamiens, mais les nôtres sont plus nombreux et plus gros, on ne les craint pas", ajoute-elle, le pied calé sur le gouvernail de son embarcation.


Le risque est pourtant réel: Pékin déplore, depuis 1989, plus de 11.000 marins chinois victimes d'attaques, de vols ou détenus dans des Etats étrangers.


La Chine réplique en renforçant ses patrouilles maritimes. Lors d'un incident l'an dernier, 21 pêcheurs vietnamiens ont été arrêtés.
A l'été 2012, elle a envoyé un patrouilleur accompagner 30 chalutiers chinois jusqu'aux Spratleys. Un geste qui a laissé entendre que la pêche n'était qu'un prétexte pour faire avancer les pions chinois.

 


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