La SNCM inquiète élus et syndicats

Mercredi 20 mars 2013 à 12h21

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Fortes incertitudes sur l'attribution de la desserte de la Corse, possible remboursement d'importantes aides d'Etat, modification de l'actionnariat... L'avenir de l'historique compagnie maritime marseillaise SNCM et de ses 1.400 salariés inquiète syndicats et collectivités locales.

 

A l'orée d'une nouvelle période de dix ans de délégation de service public (DSP) entre la Corse et le continent pour la période 2014-2023, l'accumulation des incertitudes fait fortement tanguer la Société nationale Corse Méditerranée.

 

A tel point que le président du conseil exécutif de Corse, Paul Giaccobi, le président de la région PACA, Michel Vauzelle, ou encore le président de la communauté urbaine de Marseille, Eugène Caselli, ont sorti leur plume pour interpeller l'exécutif.

 

Ce dernier, dans une lettre adressée à l'Elysée et Matignon, estime la "situation préoccupante".

 

Pourtant, du côté de la DSP, l'horizon s'est récemment éclairci : à l'issue de la troisième et dernière séance de négociations, le président de l'office des transports de la Collectivité territoriale de Corse, Paul-Marie Bertoli a annoncé à Corse-Matin être "parvenu à un accord avec le duo SNCM-CMN (La Méridionale, alliée de la SNCM, ndlr)".

 

La direction, tout en restant prudente jusqu'au vote des élus prévu fin avril, se réjouit de la "bonne tournure" des négociations.

 

L'offre du concurrent Corsica Ferries, jugée trop faible techniquement, semble en tout cas définitivement écartée.

 

En passe de perdre cette manche, Corsica Ferries en a gagné une autre, en septembre. Elle est en effet à l'origine de la remise en cause par la justice européenne de plusieurs aides de l'Etat à la SNCM pour un montant avoisinant 200 millions d'euros.

 

"Nous ne sommes qu'en première instance", tempère Maurice Perrin, délégué syndical CFE-CGC de la SNCM. "Le droit n'est pas encore dit" et le processus peut "durer un, deux, voire trois ans".

 

Mais c'est surtout le flottement au niveau de l'actionnaire qui préoccupe salariés et syndicats. Car Veolia Environnement a annoncé, dans un coup de billard à trois bandes, la reprise en direct des 66% de la SNCM actuellement détenus par Veolia Transdev, une filiale codétenue avec la Caisse des dépôts (CDC).

 

En contrepartie, Veolia se désengage partiellement de Veolia Transdev au profit de la CDC. La SNCM deviendrait donc l'unique filiale transport d'un Veolia Environnement complètement recentré sur les métiers de l'eau.

 

Signe du peu de valeur qu'il accorde à la compagnie, le directeur financier de Veolia, Pierre-François Riolacci, a ainsi affirmé que le groupe avait passé une trentaine de millions d'euros de provisions pour le risque lié à la SNCM.

 

Du côté de la direction, cette situation n'inspire aucun commentaire officiel. Mais tous les syndicats sont vent debout. Ils estiment que l'actionnaire ne rate jamais une occasion de dénigrer la SNCM en public, en valorisant par exemple à "un euro symbolique" la société, et n'a aucun projet pour elle. Pour preuve, ils mettent en avant l'arrêt total du plan d'affaires conçu par l'actuel PDG Marc Dufour.

 

Pour Maurice Perrin, également membre du conseil de surveillance de la SNCM et représentant des actionnaires salariés de la compagnie, cette "dévalorisation de la SNCM en place publique est un geste très hostile", "c'est forcément un projet de démantèlement".

 

"Est-ce que l'Etat et la Caisse des dépôts, contrôlée par le parlement (...) et le gouvernement socialiste veulent supprimer la SNCM et le service publique ?", s'interroge également le secrétaire général de la CGT Marins, Frédéric Alpozzo.

 

Malgré ces fortes incertitudes, le climat social reste "sous contrôle", affirme M. Alpozzo. En effet, hormis une grève de 24 heures début mars, qui s'inscrivait dans le rejet de l'accord interprofessionnel du 11 janvier, aucun blocage récent n'a eu lieu.

 

"Nous faisons preuve du plus grand sang-froid. D'autres aimeraient nous amener dans un conflit qui leur permettrait de pratiquer des solutions beaucoup plus expéditives", estime aussi M. Perrin, visant "l'actionnaire". "On n'entend pas tomber dans tous les pièges qu'on nous tend".

 

Selon M. Perrin, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, s'est engagé à ce que Veolia ne laisse pas la SNCM au bord du chemin. Et selon une source proche du dossier, l'Elysée s'intéresse désormais de près au dossier.
 


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