Venise pourrait changer de visage après la mort d'un touriste

Dimanche 1 septembre 2013 à 16h32


Le Grand Canal de Venise va-t-il connaître la fin du chaos entre gondoliers, vaporetti et autres embarcations à moteur? C'est en tout cas le voeu du maire après la mort d'un touriste allemand dans un accident. Joachim Vogel, professeur de criminologie, a trouvé la mort le 17 août lors d'une promenade en famille en gondole, écrasé lors d'une collision entre son embarcation et un vaporetto, ces ferries qui sillonnent la lagune. Cinq personnes -deux gondoliers et trois pilotes de vaporetto- ont été placées sous enquête après le drame.

L'accident a réveillé les tensions entre les pilotes de ferries et les célèbres bateliers à chapeaux aux larges bords. Et le maire de la ville, Giorgio Orsoni, a proposé d'instaurer des règles pour limiter le trafic sur le plus célèbre canal du monde.

Parmi les 26 points de son plan: l'interdiction de promenades en gondole tôt le matin aux heures de pointe, la réduction du nombre de ferries et de bateaux privés, l'instauration de contrôles sur les gondoliers. L'enquête a révélé que celui qui transportait la famille allemande avait pris du haschich et de la cocaïne.

Pour le gouverneur de la région de Venise, Luca Zaia, le trafic naval illustré dans les peintures du 18e siècle doit appartenir au passé.

"J'ai bien en tête les tableaux du Canaletto avec son Grand Canal encombré de navires. Mais aujourd'hui, il y a non seulement les bateaux à rames mais aussi ceux à moteurs, il faut rendre compatibles les différentes exigences et nécessités", a-t-il dit.

Symboles de la Sérénissime depuis la Renaissance, les gondoliers représente une communauté très soudée, unie face à ceux qui jugent que la ballade romantique et la chansonnette poussée par le batelier au tee-shirt rayé reviennent parfois un peu cher...

Dans l'accident, sur lequel l'enquête se poursuit, le vaporetto a apparemment effectué une manoeuvre pour éviter une gondole mais en a heurté une autre, coincée contre le quai près du célèbre pont Rialto.

La circulation sur le canal tourne en moyenne autour de 3.000 bateaux par jour, avec des pointes à 4.000.

Bordé de palaces construits entre le XIIIe et le XVIIIe siècle, le Grand Canal est une splendide icône qui a inspiré peintres et poètes depuis des temps immémoriaux.

Mais la circulation dans l'une des destinations touristiques les plus prisées au monde a constitué un problème bien avant l'accident. Au début de l'année, le canal avait été fermé pendant une journée par la ville pour dénoncer la pollution de l'eau et de l'air ainsi que les dommages infligés aux rives du canal par le passage des bateaux à moteur.

Les gondoliers protestent de longue date contre l'accroissement du trafic motorisé.

Sur Facebook, l'un d'entre eux est allé jusqu'à souhaiter "une mort lente et douloureuse" aux pilotes de ferry, suscitant une plainte de ces derniers.

Selon Nicola Falconi, principal représentant des gondoliers, la rivalité traditionnelle entre les deux professions a pris un mauvais tour depuis l'accident.

"Nous essayons de calmer le jeu et créer les bases d'une cohabitation avec l'ACTV", la compagnie qui transporte résidents et touristes à travers les 118 îles de la lagune de Venise, explique-t-il.

Pour le directeur de l'ACTV, Luca Scalabrin, "un équilibre a été rompu et nous devons le retrouver".

Interrogés par l'AFP, plusieurs touristes se sont déclarés encore choqués par l'accident. "On n'a pas réservé de gondole à cause de l'accident", confie Reinolf, 45 ans, un touriste allemand.

Pour Jed, venu de Jordanie, "se promener sur ces gondoles et ces bateaux est très joli, mais il faudrait plus de sécurité".


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