Blog de Bruno Sroka

Bruno Sroka : son rêve de gosse

Mardi 15 mars 2016 à 10h00

« Certains vivent leur rêve et d’autres rêvent leur vie, je fais partie de ce premier groupe ». J’ai toujours rêvé d’être champion du monde de planche à voile et de devenir aventurier. Je suis né en région parisienne et j’ai vécu très loin de la mer. A l’âge de 2 ans, mon père m’a mis sur une planche à voile. Je crois que ce fut le premier déclic. Cette sensation de glisse, ce rapport aux éléments est devenu plus qu’une envie, un réel besoin : le besoin d’être dans et sur l’eau, et de vivre autour de la grande bleue.
 


@Bruno Sroka

Durant de nombreuses années, j’ai vécu par procuration à travers les magazines de planches à voile. Je rêvais les yeux ouverts de devenir un Robby Naish, un Robert Teriitehau et bien d’autres. Même si mes parents n’arrêtaient pas de me faire revenir à la réalité, je n’ai jamais lâché ce rêve de gamin. J’ai continué mes études avec parfois une petite amertume de voir mon rêve s'éloigner trop loin.
En 2000, après avoir passé un premier CAPEPS en éducation physique et sportive en région parisienne, je pris mon envol vers le grand Ouest : la pointe du Finistère qui embrasse toutes les dépressions de l’Atlantique. Brest est devenu pour moi mon port d’attache et mon camp de base pour tous mes projets. Une révélation, une étape vers mon but : vivre de ma passion des sports de glisse et devenir champion du monde.

Fin du XXème siècle, le kitesurf est apparu en France. Ce fut pour moi le second déclic pour atteindre mes objectifs. J’ai été l’un des premiers français à pratiquer ce sport. Dès les premiers temps, j’ai su que c’était le kitesurf qui allait m’aider à vivre mes rêves et à les atteindre. Je m’y suis consacré pleinement en même temps que mes tentatives pour réussir le CAPEPS que j’ai eu quelques années plus tard. J’alternais les compétitions, les entraînements et les études. Très rapidement, je suis devenu un des meilleurs français et cela m’a permis de devenir champion de France en 2005 et 2006.
2007 fut pour moi la première grande consécration sportive : j’ai atteint l’un de mes objectifs en devenant champion du monde, champion d’Europe et champion de France de kitesurf puis 4 fois champion d’Europe, et trois fois vainqueurs de la coupe du monde de kitesurf les années qui ont suivies. Quelle joie de voir l’un de ses rêves devenir une réalité même si très souvent, l’envers du décor est toujours moins rose que ce que l’on peut imaginer.

Il m’a semblé important de mettre en préambule ces quelques lignes pour poser le décor. Je reviendrai ultérieurement sur la compétition.

Devenir champion a été l’un de mes objectifs mais devenir un aventurier en a été un autre, et de plus grande envergure. Ma génération a vu disparaître un grand Monsieur : Arnaud De Rosnay, qui est devenu au fil de mes recherches, mon mentor. Ce fut l’un des premiers planchistes à utiliser sa planche à voile pour se déplacer sur de très longues distances et à délivrer des messages à travers son sport.
Depuis tout petit, je rêvais de passer le Cap Horn. Ce fameux Cap, situé au sud de la cordillère des Andes, séparation ultime entre le Pacifique et l'Atlantique où des dépressions plus intenses que nulle part ailleurs font pâlir tous les navigateurs qui tentent de s’y confronter.

Normalement, un projet aventure se monte en 6 mois. Sur ce projet, cela s’est réalisé en seulement un mois. En effet, un mois et demi auparavant, j’étais avec l’équipe de France au Mexique pour la première étape du championnat du monde de kitesurf. Dans la semaine, je reçois un email d’un Belge qui me dit qu’il préparait la traversée du Cap Horn en kitesurf, qu’il partirait dans moins de deux mois et qu’il voudrait le faire avec moi. Depuis plus de deux ans, j’avais annoncé sur mon site internet que je voulais traverser le Cap Horn et partir naviguer en Antarctique en kitesurf. A ce moment précis, hors de question que je laisse mon rêve à quelqu’un autre. A peine rentré en France, je me mets à 400 % sur ce projet. Je veux passer le Cap Horn en kitesurf. Si je ne suis pas le premier, je ne trouverai jamais le financement pour le faire. Avec beaucoup de travail et d’efforts, mon équipe et moi arrivons à trouver le budget et tout le matériel nécessaire pour partir en Terre de Feu et réaliser ce beau projet : être le premier homme à traverser le Cap Horn en kitesurf. Durant le mois qui a suivi ma préparation, j’ai du m'entraîner 7 jours sur 7 : séance de musculation le matin, séance de navigation l’après-midi et entre temps, gestion du projet. Heureusement qu’en amont du projet j’avais effectué des recherches et pris les bons contacts à Ushuaïa. J’avais obtenu lors des différents salons nautiques toutes les informations nécessaires pour passer le Cap Horn en bateau.

Ce dernier mois de préparation fut un mois si intense que je n’ai pas vu le temps passer. Déjà le départ ! Une angoisse immense m’envahit. Suis-je capable de réaliser cette traversée de 100 miles nautiques autour du Cap Horn ? N’ai-je rien oublié dans ma préparation ? Nul doute que la réussite d’un projet comme celui-ci réside dans la capacité de ne pas oublier les micro-détails qui nous paraissent insignifiants mais qui peuvent faire échouer toute traversée. Dans ce type de projet, il n’y a pas 50 essais. Une et une seule chance nous est donnée. Je savais pertinemment que si je voulais perdurer dans le temps, il me fallait réussir. Lorsque l’on a de nombreuses expériences, on sait comment s’organiser sur ce type de projet, mais lorsque c’est la première fois, c’est le grand saut vers l’inconnu et l’aventure. On est donc obligé d’imaginer le pire pour trouver des solutions techniques et opératoires pour ne pas échouer. Cette première expérience n’est pas la plus facile, ce qui ajoute de la pression supplémentaire.

De nos jours, on pense qu’il est facile de voyager partout dans le monde mais ce n’est pas le cas. Se rendre à Ushuaïa est un véritable rite, une initiation à l’aventure. Direction Buenos Aires pour poser le pied en Argentine, puis il nous faudra encore un petit avion pour se rendre à Ushuaïa. Après plus de 24h de voyage, nous voilà enfin arrivés dans la capitale de la Terre de Feu. Petite ville du fin fond d’un autre bout du monde qui respire l’étrangeté, la différence et le Far West.

Nous prenons nos quartiers sur notre bateau accompagnateur Santa Maria Australis, une goélette de 20m, Wolf étant notre capitaine. Partir à l’aventure, c’est parfois ne pas savoir où l’on va, perdre ses repères, et douter. Mais l’envie est tellement plus forte que l’on accepte de se perdre pour mieux se retrouver ensuite. Nous attendons un dernier équipier qui a du partir après nous de Paris. Ce qui nous donne le temps de tout vérifier et de tester nos équipements avant le grand saut dans les quarantièmes rugissants.

Pour réaliser un projet comme celui-ci, j’ai monté une équipe de 8 personnes qui m’entoure. Même si c’est un projet sportif individuel, c’est dans le collectif que l’on réussit ce type de projet et c’est la clé du succès. Chaque personne de mon équipe a été choisie pour des compétences particulières (photographe, journaliste, médecin, sécurité, etc.).

Nous sommes au début du mois d’avril 2008, c’est la fin de l'automne et bientôt le début de l’hiver. Dans cette région du monde, la météo change très vite.

Notre dernier équipier arrive enfin, nous allons pouvoir lever l’ancre. Tout le monde pense qu’Ushuaïa est la ville la plus australe, mais ce n’est pas vrai, c’est Puerto Williams, un petit port militaire chilien à la sortie du Canal de Beagle, qui est la ville la plus au sud du continent américain. C’est dans cette ville que l’on nous donnera les autorisations ou non pour passer le Cap Horn. Il n’y a pas d’hélicoptère ou de secours dans ces régions, nous sommes livrés à nous-même. On doit donc se débrouiller seul en cas de problème. Les militaires sont donc exigeants sur nos équipements de sécurité.

Le vent souffle à peine, il faut mettre les moteurs pour avancer et relier ces quelques dizaines de milles nautiques d’Ushuaia à Puerto Williams. L’aventure commence enfin. Je suis excité, stressé mais heureux de partir au bout du monde. Le Canal de Beagle est une peinture à lui seul, nous en prenons plein les yeux.

Bienvenue en Terre de Feu, et à bientôt pour la suite de cette grande aventure.


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Bruno Sroka
Bruno Sroka
Bruno Sroka, triple champion du monde (2007, 2009, 2010) de kitesurf est un véritable passionné de sports de glisse. Cet aventurier hors pair est toujours prêt à relever des défis. En 2008, il devient le premier homme à franchir le Cap Horn en kitesurf. Cinq ans plus tard, il parcourt 450 km en 16 h 40 pour relier la Bretagne à l'Irlande, il est le seul à avoir réalisé un tel exploit. Bruno est également un sportif engagé qui n'hésite pas à se servir du sport pour délivrer des messages et faire avancer la société.
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