Blog de Adèle Smith

North Brother Island, l’île mystérieuse en face de Manhattan

Jeudi 20 juin 2013 à 11h01

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L’île intrigue au premier coup d’œil. Sa végétation est étonnamment dense pour New York. Presqu’en face de Manhattan et son million et demi d’habitants, North Brother Island est une ancienne île de quarantaine, abandonnée.


Sous licence creative commons : JGNY

En bateau, on ne peut que longer cettte île. On peut difficilement y accoster, le courant est particulièrement fort dans cette zone de l’East River connue des marins sous le nom de Hell Gate, « la porte de l’enfer ». Surtout, c’est -officiellement- interdit. En plein cœur de New York, cette petite île de 57 milles mètres carrés inhabitée depuis 1963 n’est pas accessible au public. Mais elle a une histoire fascinante. Le photographe Ian Ference est l’un des rares à avoir pu y pénétrer. Cet « explorateur » moderne des îles désertes de New York y a pris quelque 3000 clichés lors des 17 voyages qu’il y a effectués depuis 2008 avec une autorisation spéciale de la ville. Le New Yorkais de 32 ans passionné d’histoire est patient, il a attendu cinq ans pour l’obtenir ! « C’est probablement l’île déserte la plus extraordinaire de toutes celles que j’ai visitées dans les environs, parce qu’elle est incroyablement bien préservée. Pour un photographe, c’est un paradis», raconte t’il. Ses clichés sont d’une beauté étrange. Sur North Brother Island, le temps s’est arrêté le jour où la ville a décidé d’y suspendre ses expérimentations thérapeutiques. Le lierre a envahi les beaux bâtiments décrépis du 19è siècle. On y découvre des couloirs de pavillons sanitaires vides, un gymnase jadis destiné à la réhabilitation de jeunes drogués, des messages sur les murs, des livres restés ouverts depuis des décennies. Des images propres à nourrir une imagination fertile. Une table de morgue qui était encore là en 2008, a disparu. « Qui sait ce qu’elle est devenue, a t’elle été récupérée par un ferrailleur clandestin, un artiste ? Tout est possible » suggère le photographe.

 

L’histoire de North Brother Island commence réellement en 1885 lorsque les autorités décident d’y envoyer en quarantaine les malades du typhus, de la fièvre jaune et autres maladies hautement contagieuses. On en revient rarement. La plupart y finissent leurs jours sans jamais revoir leur famille. « De North Brother, ils sont transportés en ferry et enterrés sur l’île voisine de Hart Island » raconte Ian Ference. L’afflux d’immigrants à New York est tel que les patients y vivent à l’étroit dans des conditions sanitaires souvent effroyables. Le photographe y a découvert une lettre d’amour d’une malade se plaignant des conditions de vie. Hélas, elle n’a jamais été envoyée. Sa patiente la plus célèbre est Mary Mallon, surnommée Typhoid Mary, parce qu’elle aurait transmis le typhus à 43 personnes, dont 3 auraient succombé, alors qu’elle était elle-même parfaitement saine. Confinée sur l’île malgré elle, elle y mourra en 1938. Quelques lépreux y sont également exilés. En 1904, un ferry prend feu et s’y échoue avec 1021 passagers à bord. Au début du 20è siècle, on y traite surtout des malades de la tuberculose puis ceux souffrant de maladies vénériennes. Le centre de quarantaine est finalement fermé en 1942 pour y loger provisoirement les vétérans de la Seconde Guerre Mondiale. Dans les années 50, North Brother Island devient un centre de réhabilitation pour jeunes drogués. L’expérimentation dont on ne sait pas grand-chose est un échec et au début des années 60, elle finit par être abandonnée, gardant avec elle tous ses secrets. En 1982, des élus locaux proposent d’en faire une île pénitentiaire, mais le projet ne verra jamais le jour. « J’ai visité une centaine de bâtiments abandonnés aux Etats-Unis, ceux de North Brother Island ont quelque-chose de particulier. C’est le poids de l’histoire associée à cette île pratiquement inconnue des New Yorkais » confie Ian Ference. Aujourd’hui, la municipalité n’a apparemment aucune intention de la rendre de nouveau habitable. Abandonnée par les hommes, North Brother est devenue un sanctuaire pour le bihoreau à couronne noire qui s’y reproduit au printemps et en été. La New York City Audubon Society y fait des visites annuelles pour y préserver l’habitat du héron. Mais depuis quelques années, aucun oiseau ne s’y est reproduit. Pour quelles raisons ? Le mystère de North Brother continue.

 

Ian Ference est un photographe et bloggeur qui a visité la plupart des îles abandonnées de New York et fait un énorme travail de recherche et de documentation sur le sujet. Sur son blog, on peut découvrir ses derniers clichés de la partie sud, interdite au public, d’Ellis Island, l’île par laquelle sont passés des millions d’immigrants en quête du rêve américain de 1892 à 1954. Depuis les fenêtres des bâtiments aujourd’hui partiellement en ruine, on pouvait voir la statue de la liberté. Pour les immigrants jugés « contagieux », « criminels », « fous » ou tout simplement indésirables, le rêve s’arrêtait là. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Ellis Island a servi de centre d’internement et d’expulsion pour des milliers d’Allemands, d’Italiens et de Japonais naturalisés ou vivant légalement sur le sol américain. Un musée de l’immigration a ouvert en 1990 sur la seule partie accessible au public.

Ian Ference s’est également glissé en catimini–en bateau à la rame -sur l’île secrète de Hart Island, la fosse commune de New York, qui fera l’objet de mon prochain billet.


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